Résumés

Les Bonnes — Jean Genet : analyse des personnages (Claire / Solange / Madame)

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Une pièce s’ouvre, et déjà le réel vacille. Chez Jean Genet, la scène n’imite pas la vie : elle la déplace, la dénude, puis la rend méconnaissable. Les Bonnes installe d’emblée un espace clos — la chambre de Madame — où deux sœurs domestiques, Claire et Solange, rejouent inlassablement un cérémonial fait d’imitation, d’humiliation, de désir et de haine. Tout y est jeu… mais un jeu si précis qu’il finit par ressembler à une vérité plus féroce que le quotidien.

Pour accompagner la lecture (et réussir une copie solide), une fiche de lecture prête à remplir permet de fixer l’essentiel : contexte, résumé, axes d’analyse, procédés, citations repères, plans possibles, et surtout fiches personnages séparées, claires et réutilisables.

➡️ Téléchargement (Word) : Fiche de lecture – Les Bonnes (Jean Genet


Ce que contient la fiche de lecture à télécharger

Cette fiche est pensée comme un outil “utile en classe” et “efficace en révision” :

  • Repères rapides : auteur, genre, personnages, lieu, dynamique générale.
  • Résumé structuré : sans confusion entre jeu théâtral et réalité.
  • Thèmes majeurs : domination, masque, rituel, parole, désir du pouvoir, violence symbolique.
  • Procédés dramaturgiques : mise en abyme, théâtre dans le théâtre, tension de la scène, rôle des objets.
  • Plans types : dissertation et commentaire composé (adaptables selon le sujet).
  • Fiches personnages séparées : Claire / Solange / Madame, prêtes à réutiliser telles quelles.

Analyse des personnages — fiches séparées

1) Claire : la fièvre du masque

Claire est souvent la plus incandescente, la plus exposée au vertige du jeu. Elle ne “fait” pas Madame comme on imite par amusement : elle s’y abandonne. Chez elle, le travestissement n’est pas un accessoire ; c’est une tentative d’élévation, presque une ascèse inversée : devenir l’autre pour sortir de soi, puis se brûler à cette métamorphose.

Sa fonction dans la pièce

  • Accélérer la tension : Claire pousse le rituel jusqu’au point de rupture.
  • Incarn­er la fascination : elle n’est pas seulement contre Madame, elle est aussi happée par son aura.
  • Faire surgir le tragique : plus le masque est parfait, plus l’impossibilité d’en sortir devient violente.

Ce qu’elle révèle

Claire met en lumière une vérité brutale : on peut haïr un pouvoir et le désirer en même temps. Son imaginaire est une cage dorée : la robe de Madame est un rêve de grandeur, mais aussi une preuve d’aliénation. Elle veut abattre Madame, mais elle veut surtout atteindre la place de Madame — fût-ce dans l’ombre.

Pistes d’analyse (à reprendre en commentaire)

  • Identité instable : Claire glisse d’un “je” à l’autre, comme si le personnage se dissolvait dans la représentation.
  • Parole performative : elle transforme l’insulte, la prière, l’ordre en gestes véritables.
  • Rapport au corps : posture, voix, rythme — tout devient “mise en scène” du pouvoir.

2) Solange : la lucidité qui étrangle

Solange paraît, à première vue, plus ancrée, plus “raisonnable”. Mais cette lucidité n’est pas une sortie : c’est une conscience douloureuse de l’enfermement. Là où Claire se laisse emporter par la fièvre, Solange tient la structure, la règle du jeu, l’architecture du rituel — tout en sachant qu’il dévore celles qui le pratiquent.

Sa fonction dans la pièce

  • Organiser le rite : Solange est la gardienne de la cérémonie, de ses étapes, de ses codes.
  • Tenir la dialectique domination/soumission : elle oscille, commande, cède, reprend, comme si la hiérarchie se reconstituait même entre sœurs.
  • Mettre à nu la violence intime : la pièce ne montre pas seulement une lutte sociale, elle montre la guerre au plus près, entre deux êtres liés.

Ce qu’elle révèle

Solange rappelle que l’oppression n’est pas seulement extérieure. Elle s’insinue, se reproduit, se transmet. Même dans la complicité, une logique de pouvoir revient, presque malgré soi. Chez elle, la haine n’est pas seulement tournée vers Madame : elle se déplace, elle ricoche, elle mord là où l’on aime.

Pistes d’analyse (à reprendre en dissertation)

  • Le double et la rivalité : sœur, alliée, adversaire : Solange tient plusieurs places à la fois.
  • La cruauté comme défense : chez Genet, l’agression protège autant qu’elle détruit.
  • Le tragique du “sans issue” : Solange sait, mais savoir ne libère pas.

3) Madame : la présence absente, le pouvoir comme miroir

Madame n’est pas seulement un personnage “dominant”. Elle est un principe. Même lorsqu’elle n’est pas là, tout parle d’elle : ses objets, sa chambre, son parfum, sa garde-robe, son nom. Elle est moins une personne qu’une forme sociale : celle qui possède, ordonne, reçoit, juge — parfois avec une politesse qui n’adoucit rien.

Sa fonction dans la pièce

  • Déclencher la mise en abyme : c’est parce qu’elle existe que les bonnes se déguisent, s’imitent, se déchirent.
  • Devenir une idole paradoxale : Madame est haïe, mais aussi admirée, copiée, désirée comme modèle.
  • Rendre visible la domination “ordinaire” : celle qui ne crie pas toujours, mais qui s’impose par la place.

Ce qu’elle révèle

Madame montre une domination qui tient à la structure plus qu’au tempérament. Elle peut être aimable, parfois distraite, parfois tendre — et pourtant la hiérarchie demeure. C’est ce décalage qui fait mal : le pouvoir n’a pas besoin d’être “monstrueux” pour écraser, il lui suffit d’être installé.

Pistes d’analyse (à citer intelligemment)

  • Le personnage comme projection : Madame est aussi fabriquée par le regard des bonnes.
  • L’élégance et la violence : le raffinement devient une arme silencieuse.
  • Le théâtre du social : Madame joue son rôle comme les bonnes jouent le leur — mais son rôle est reconnu, légitime, protégé.

Ce que ces trois fiches changent dans une copie

Avec Claire, Solange et Madame, Genet compose un triangle où chaque figure reflète l’autre :

  • Claire incarne l’ivresse du rôle et le risque de s’y perdre.
  • Solange incarne l’ordre du rituel et la conscience tragique de l’enfermement.
  • Madame incarne la forme du pouvoir : réelle, symbolique, et parfois “invisible” tant elle semble naturelle.

Résultat : la pièce ne se réduit pas à “deux bonnes veulent tuer leur patronne”. Elle devient une exploration du masque, du désir de domination, et de l’impossibilité de se libérer en ne faisant que changer de costume.


Scènes repères à commenter sans se perdre dans le résumé

1) L’ouverture : le doute s’installe d’emblée

Dès les premières minutes, Les Bonnes annonce sa loi : ici, la réalité n’entre pas d’un bloc, elle arrive en fragments, déformée par le jeu. On croit assister à une scène domestique “ordinaire”, puis l’on comprend que tout est déjà représentation. Cette entrée en matière est capitale pour un commentaire : elle prouve que la pièce n’est pas seulement l’histoire d’un complot, mais une plongée dans une fabrique du rôle, où l’identité se met à trembler.

2) Les scènes de travestissement : la domination rejouée, donc renforcée

Lorsque Claire et Solange endossent les habits de Madame, la scène devient une chambre d’écho : les paroles de pouvoir reviennent, amplifiées, presque sublimées. Le spectateur comprend alors une idée redoutable : renverser l’ordre, dans leur monde, passe d’abord par l’imitation. Or imiter, c’est risquer d’aimer ce qu’on déteste. Toute la force de Genet tient à ce paradoxe : la révolte commence en empruntant la langue, la posture et les codes du dominant.

3) Les bascules de ton : de la tendresse à la morsure

Les moments où les deux sœurs glissent soudain de la complicité à la cruauté sont des passages “or” pour l’analyse littéraire. Ils montrent que le conflit n’est pas seulement social (bonnes contre Madame), il est aussi intime, presque métaphysique : qui suis-je, si je ne suis pas le rôle qu’on m’a donné ? Et qui devient l’autre, lorsque je cherche à le détruire ?

4) Le retour du réel : quand la chambre se referme

Chaque irruption du réel (une présence attendue, un imprévu, un contretemps) agit comme un choc : la cérémonie se dérègle, les masques se fissurent, et l’on mesure à quel point le “jeu” n’était pas un caprice, mais une nécessité. Dans une dissertation, ces instants servent à démontrer que le théâtre, chez Genet, n’est pas décoratif : il est la condition même de l’existence des personnages.


Procédés dramatiques à repérer (et à citer dans une copie)

Le théâtre dans le théâtre

La pièce fonctionne comme une mise en abyme permanente : les bonnes jouent, rejouent, réécrivent. Le spectateur n’est plus seulement témoin d’une intrigue, il devient témoin d’un mécanisme. L’intérêt n’est pas “ce qui arrive”, mais “comment cela se répète” et “jusqu’où cela peut aller”.

La parole comme action

Ici, parler n’est jamais neutre. La parole humilie, élève, frappe, consacre, détruit. On peut soutenir que l’arme principale n’est pas un objet, mais une syntaxe : l’ordre, l’injure, l’ironie, la fausse douceur, la menace.

Les objets comme signes de pouvoir

Tout ce qui appartient à Madame pèse comme un sceau : la robe, le parfum, la chambre elle-même. Genet transforme l’accessoire en symbole : posséder un objet, c’est posséder une place ; toucher un objet, c’est s’approcher d’un statut interdit.

Le rituel (répétition, montée, vertige)

Les scènes obéissent à une logique cérémonielle. On peut analyser la pièce comme une liturgie profane, où la répétition n’apaise pas, mais exalte. Quand le rituel ne trouve plus d’issue, la tragédie affleure.


Axes d’analyse prêts à l’emploi (pour page pilier)

Axe 1 — Domination : visible, invisible, intériorisée

Les Bonnes montre que l’oppression n’a pas besoin d’être spectaculaire : elle s’installe dans la langue, les gestes, le regard, le quotidien. Même absente, Madame continue de régner, parce que sa place est devenue une loi.

Axe 2 — Identité et masque : se perdre en voulant devenir

La pièce pose une question brutale : peut-on se libérer en endossant le costume du pouvoir ? Le masque donne l’illusion de s’élever, mais il enferme aussi, car il impose une forme à laquelle on finit par obéir.

Axe 3 — Haine et fascination : la passion du dominant

La haine est un feu ambigu : elle détruit, mais elle attache. Les bonnes ne cherchent pas seulement à anéantir Madame ; elles cherchent à toucher ce qu’elle représente, comme si la place sociale était un objet sacré.


Mini glossaire

  • Mise en abyme : une œuvre qui se reflète elle-même (ici, le théâtre dans le théâtre).
  • Travestissement : endosser l’apparence de l’autre pour en éprouver le pouvoir (ou l’illusion).
  • Parole performative : une parole qui produit un acte (ordonner, humilier, consacrer).
  • Rituel : répétition codifiée qui structure la scène et fait monter la tension.
  • Dramaturgie du double : jeu des miroirs, des sœurs, des inversions de rôle.

5 sujets type bac (avec pistes rapides)

  1. En quoi le théâtre dans le théâtre renforce-t-il la dimension tragique de la pièce ?
    → Montre comment le jeu devient destin, comment l’illusion enferme.
  2. Les Bonnes est-elle une pièce “sociale” ?
    → Oui (hiérarchie, domination), mais transfigurée en mythe et rituel.
  3. Comment la parole devient-elle violence dans la pièce ?
    → Ordres, humiliations, faux compliments, cérémonial verbal.
  4. Le travestissement libère-t-il les personnages ?
    → Il ouvre une brèche, puis se referme : masque = délivrance et piège.
  5. Madame est-elle un personnage ou un symbole ?
    → Elle est les deux : personne concrète + forme du pouvoir + projection des bonnes.

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