Méthode du commentaire composé au bac français avec 15 exemples de corpus et références
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Le commentaire composé est l’exercice qui transforme une lecture attentive en démonstration littéraire. Il ne s’agit ni de raconter le texte, ni de l’orner de remarques isolées, mais de faire apparaître, avec méthode, la logique interne d’une écriture. Le correcteur attend une lecture structurée, une problématique claire, des axes cohérents et, surtout, une analyse qui relie les procédés aux effets, puis aux enjeux. Un bon commentaire donne l’impression d’un texte qui se révèle, pas d’un relevé de figures.
Ce que le correcteur veut vraiment lire
Un commentaire solide commence par un geste simple et décisif : montrer que vous avez compris le mouvement du texte, sa tonalité dominante, son intention et sa stratégie. La copie gagne immédiatement en crédibilité lorsque vous expliquez comment un passage s’organise, comment une image revient, comment un rythme s’accélère, comment un point de vue fabrique une émotion ou une idée. Les procédés ne sont jamais une fin : ils sont des preuves. L’analyse, elle, est l’art de relier preuve et sens, sans sauter d’un détail à un autre.
Lire pour comprendre, puis relire pour construire
La première lecture sert à saisir la scène globale : qui parle, à qui, dans quel cadre, avec quelle tension. On identifie d’emblée le genre, le registre, la situation d’énonciation, les champs lexicaux dominants, et l’impression d’ensemble. La deuxième lecture devient déjà une lecture d’architecte : on repère les ruptures, les reprises, les accélérations, les connecteurs, les changements de temps, les changements de focalisation, tout ce qui découpe le texte en étapes. À ce stade, vous n’écrivez pas encore : vous préparez la logique de votre futur plan.
Une méthode efficace consiste à donner un nom simple à chaque mouvement du texte, comme si vous titriez ses parties. Vous obtenez alors une carte du passage : entrée en matière, montée en tension, bascule, dévoilement, chute, ouverture. Cette carte n’est pas un plan de commentaire ; elle devient la matière première à partir de laquelle vous allez choisir vos axes.
Trouver une problématique qui éclaire au lieu de paraphraser
La problématique n’est pas une question décorative. Elle doit permettre d’expliquer pourquoi le texte est écrit ainsi, et ce que cette écriture produit. Une problématique réussie naît souvent d’un contraste : une scène ordinaire traitée comme un drame, une confession qui ressemble à un discours, un portrait qui est en réalité un procès, une description qui devient un jugement sur le monde. Lorsque vous sentez cette tension, vous tenez votre angle.
Au bac, les meilleures problématiques prennent volontiers la forme d’un en quoi, d’un comment ou d’un dans quelle mesure, parce qu’elles obligent à justifier et à organiser. Elles posent une direction sans enfermer. Elles annoncent une démonstration, pas une simple description.
Choisir des axes qui racontent l’intelligence du texte
Les axes de lecture ne sont pas des tiroirs. Ils doivent suivre une progression qui fait avancer l’interprétation. Un premier axe peut montrer comment le texte installe une scène, un portrait, une ambiance ; un second peut révéler ce que cette scène, ce portrait, cette ambiance signifient réellement, sur le plan moral, social, politique ou existentiel. Dans beaucoup de commentaires, un axe sur les procédés et un axe sur le sens produisent une copie plate ; l’enjeu est de mêler forme et sens à chaque étape, en montrant ce que la forme fait naître comme sens.
Un bon axe se reconnaît à sa capacité à accueillir plusieurs preuves qui se répondent. Il ne se réduit pas à un mot vague. Il porte une idée directrice et se décline en deux ou trois sous-parties logiques, chacune appuyée sur des citations courtes.
Rédiger une introduction qui donne immédiatement une direction
L’introduction joue le rôle d’un contrat. Elle installe l’œuvre et le passage sans réciter une biographie. Elle situe brièvement le texte dans son contexte littéraire, puis décrit sa nature et son mouvement. Elle conduit enfin à une problématique qui éclaire l’extrait et annonce un plan net. L’introduction idéale garde un ton sûr, sans formules mécaniques, et donne l’impression que vous avez déjà compris où se trouve le nœud du passage.
L’annonce du plan doit rester intelligible et naturelle : elle indique les axes comme une progression de sens. Une annonce plate se contente de nommer deux thèmes ; une annonce efficace montre une trajectoire : d’abord la mise en scène, puis la révélation d’un enjeu.
Le cœur du commentaire : analyser, prouver, interpréter
Dans le développement, chaque paragraphe doit fonctionner comme une petite démonstration. Vous avancez une idée précise, vous citez brièvement, vous commentez en reliant le procédé à l’effet, et vous tirez une conclusion interprétative. La citation n’est pas là pour montrer que vous avez repéré ; elle est là pour prouver que votre lecture est juste. Une copie convaincante sait citer court, mais citer juste, en choisissant les mots qui portent la tension.
L’analyse gagne en force quand elle respecte une règle simple : expliquer l’effet produit avant de nommer le procédé, ou, si vous nommez le procédé, l’accompagner immédiatement de sa valeur. Dire métaphore, anaphore, gradation ne suffit pas ; il faut dire ce que cela fabrique : une insistance, une obsession, une accélération, une amplification, une ironie, une mise à distance, une émotion. Le commentaire devient alors une lecture active, non un inventaire.
Transitions et conclusion : le fil qui rend la copie lisible
La transition n’est pas une phrase de passage. C’est un pont logique qui montre pourquoi vous quittez un axe pour aller vers l’autre. Elle rappelle en une phrase ce qui a été démontré, puis annonce ce qui reste à comprendre. Lorsqu’elle est bien faite, elle donne au correcteur la sensation que votre plan n’est pas plaqué, mais né du texte.
La conclusion, elle, ferme la démonstration en répondant clairement à la problématique. Elle ne répète pas tout : elle synthétise l’essentiel, puis ouvre sur une perspective pertinente, par exemple un autre passage, un autre registre, ou une question plus large sur le genre, le thème ou l’époque. Une ouverture réussie reste en continuité avec le texte : elle prolonge, elle n’éparpille pas.
Gérer le temps le jour du bac
La réussite au commentaire dépend autant de la lecture que de la gestion du temps. Une organisation réaliste consiste à consacrer une part importante à la préparation : comprendre, découper, problématiser, choisir le plan, sélectionner les citations. Cette phase donne ensuite une rédaction plus fluide, plus sûre, parce que les idées ont déjà trouvé leur place. La rédaction peut alors se concentrer sur la qualité de l’analyse et la précision de l’expression, plutôt que sur l’improvisation.
Une copie se dégrade lorsque la préparation est trop courte : le plan devient flou, les axes se répètent, les citations arrivent au hasard. Inversement, une préparation trop longue peut priver la rédaction de souffle. L’équilibre consiste à arriver à la rédaction avec une ossature claire et une réserve de preuves prêtes à l’emploi.
Les erreurs qui coûtent cher et comment les éviter
La paraphrase se repère immédiatement : elle redit le texte avec d’autres mots, sans expliquer ce que l’écriture produit. Le jugement personnel gratuit, lui, se repère aussi : aimer ou ne pas aimer n’a pas de valeur scolaire si ce n’est pas transformé en analyse. La liste de procédés, enfin, laisse une impression de copie technique sans intelligence de lecture. La solution est toujours la même : relier forme, effet et sens, et faire apparaître un enjeu qui dépasse le simple repérage.
Quinze exemples de corpus possibles avec références et angles de commentaire
Victor Hugo, Les Contemplations, Demain, dès l’aube
Un commentaire peut montrer comment la simplicité du lexique et la progression des étapes construisent une marche intérieure. L’enjeu consiste à analyser la sobriété comme stratégie poétique : le texte dit peu, mais fait sentir intensément, grâce au rythme, aux reprises et à l’effacement des effets.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, L Albatros
L’intérêt d’analyse se situe dans la fable poétique : une scène de pont devient réflexion sur la condition du poète. Le commentaire gagne à étudier le contraste entre grandeur et ridicule, et la manière dont l’image construit une pensée.
Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, Le Dormeur du val
Un axe efficace montre comment le paysage, d’abord apaisant, devient dispositif de révélation. L’analyse porte sur la progression des indices, la douceur trompeuse des images et la chute qui requalifie tout le poème.
Joachim du Bellay, Les Regrets, Heureux qui, comme Ulysse
Un commentaire peut mettre en lumière la nostalgie construite par le rythme et les oppositions, et montrer comment l’éloge du retour est aussi une critique implicite de l’exil et du déracinement.
Jean de La Fontaine, Fables, Les Animaux malades de la peste
L’enjeu du commentaire est de lire la fable comme satire politique : le récit organise un procès inégal. On analyse la distribution de la parole, l’ironie, et la mécanique de la justice du plus fort.
Pierre de Marivaux, Le Jeu de l amour et du hasard, scène d aveu ou de quiproquo
Le commentaire peut étudier comment le dialogue fabrique une comédie de la vérité. Les procédés d’ironie dramatique, de double énonciation et de rythme répliqué deviennent des preuves d’un théâtre de la stratégie.
Molière, Tartuffe, scène de dénonciation de l hypocrisie
Un bon angle consiste à montrer comment la satire passe par la construction d’un personnage-type et par une parole qui dévoile un ordre moral. L’analyse porte sur la mise en scène du faux dévot et sur la tension entre comique et gravité.
Jean Racine, Phèdre, aveu ou tirade de la passion
Le commentaire peut démontrer comment la langue tragique transforme la passion en fatalité. Les champs lexicaux, les exclamations, les oppositions et la syntaxe tendue produisent une parole qui brûle et se condamne.
Voltaire, Candide, scène de guerre ou d’absurdité sociale
L’intérêt est de lire l’ironie comme arme philosophique. On montre comment la narration apparemment neutre révèle l’horreur, comment la précision descriptive fabrique la critique, et comment le comique devient dénonciation.
Montesquieu, Lettres persanes, regard étranger sur la société
Le commentaire peut étudier le décalage comme procédé critique. La naïveté feinte, les implicites et les contrastes culturels produisent une satire qui vise les mœurs et les institutions.
Guy de Maupassant, nouvelle réaliste, portrait ou chute
Un axe possible consiste à analyser la sobriété narrative et la construction de la chute. L’enjeu est de montrer comment le réalisme fabrique une lucidité parfois cruelle, en jouant sur le point de vue et l’ironie.
Émile Zola, description naturaliste, lieu social ou foule
Le commentaire peut porter sur la puissance descriptive comme force argumentative. On analyse l’accumulation, la précision matérielle, les métaphores organiques, et la manière dont la description devient critique sociale.
Albert Camus, L Étranger, ouverture ou scène de distance émotionnelle
Un commentaire convaincant examine la focalisation, la sécheresse de la phrase, le refus d’explication psychologique. L’enjeu est de comprendre comment l’écriture de l’écart produit un malaise, puis une réflexion sur le sens.
Marguerite Duras, écriture de la mémoire, fragment et silence
L’analyse peut montrer comment la fragmentation, les reprises et les blancs construisent une vérité subjective. Le commentaire explore la tension entre dire et taire, et la manière dont le style devient mémoire.
Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, article ou préambule
Un commentaire peut démontrer comment l’argumentation s’appuie sur une réécriture des codes juridiques pour renverser une exclusion. Les procédés rhétoriques, l’adresse, les formulations normatives deviennent des preuves d’une parole de combat.
Donner à votre copie une voix sûre
Le commentaire composé récompense la rigueur, mais il valorise aussi une écriture claire et tenue. Une copie réussie fait entendre une voix calme, précise, qui guide le lecteur à travers le texte. Elle ne force pas le sens, elle le démontre. Elle ne collectionne pas les procédés, elle explique ce qu’ils accomplissent.








