Fiche Atelier Réminiscence en EHPAD à Imprimer
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La réminiscence n’est pas un test de mémoire. C’est un moment de soin relationnel où l’on convoque les souvenirs agréables, on les partage et on les valorise. Pour faciliter cette dynamique, j’ai conçu une fiche prête à imprimer en deux versions (couleur et N&B) qui sert de fil conducteur à l’animateur et de repère visuel aux résidents.
Pourquoi travailler la réminiscence en institution
La réminiscence soutient l’identité autobiographique et l’estime de soi. Évoquer un plat d’enfance, une voix familière ou un lieu marquant réactive des réseaux mnésiques souvent mieux préservés que les acquisitions récentes. En groupe, ces retours en arrière ouvrent à la conversation, créent du lien entre résidents et donnent une place active à chacun, même quand l’écriture ou la recherche de mots sont difficiles. La fiche structure ce temps sans le rigidifier : elle cadre, rassure, mais laisse la place aux digressions fécondes.
Ce que contient la fiche et comment elle guide la séance
La page commence par un en-tête qui ancre l’activité : nom, date, thème et un petit cadre “photo” si vous souhaitez coller une image repère. Vient ensuite un bloc Échauffement sensoriel avec quatre portes d’entrée universelles — odeur/parfum, son/musique, goût/boisson, toucher/texture. Cocher une ou deux cases, ou simplement entourer, met en mouvement la mémoire affective sans effort cognitif important.
Le cœur de la fiche est constitué des Souvenirs guidés : cinq amorces simples (“Un plat ou une odeur d’enfance…”, “Une personne importante…”, “Un lieu marquant…”, “Un objet précieux…”, “Une chanson ou une fête…”) avec de grands espaces pour écrire ou dicter. Une frise des souvenirs jalonnée par décennies aide à situer la période évoquée et à réordonner le récit. Un encart Mots-clés du jour permet de capter les repères saillants, et une ligne Émotion ressentie invite à dire comment on se sent à la fin. Enfin, une zone Notes animateur vous aide à garder trace des faits marquants pour nourrir la prochaine séance ou transmettre à l’équipe.
Préparer la séance pour favoriser l’adhésion
Avant d’entrer dans les souvenirs, prenez deux minutes pour installer le cadre : salles calmes, stylos à large trait, lunettes et loupes à portée, eau disponible. Annoncez la durée et le thème du jour de façon positive, par exemple : “Aujourd’hui, on va parler d’odeurs qui nous font voyager.” Choisissez un thème bienveillant (cuisine, école, saisons, fêtes) et préparez un ou deux stimuli concrets si possible : un petit pot d’épices, une photo neutre d’une place de village, un extrait musical court. Ces amorces multiplient les chances de déclenchement doux et non intrusif.
Conduire l’activité : déroulé pas à pas
Commencez par l’Échauffement sensoriel. Faites respirer, fermez les yeux vingt secondes si le groupe l’accepte, puis proposez un choix : “Plutôt une odeur ou une musique pour démarrer ?”. Laissez venir un souvenir, même incomplet. Notez un mot-clé à chaud. Poursuivez avec une amorce guidée : “Racontez-moi un plat d’enfance : qui le préparait ? quelle odeur ?”. Reformulez, remerciez, invitez un second participant. Revenez ensuite à la frise : “C’était plutôt en 1950 ? 1960 ?”. La chronologie, même approximative, donne une sensation de maîtrise.
Allez-y lentement : une à trois amorces profondes suffisent. Dès que l’attention baisse, basculez sur la chanson ou la fête : l’ancrage culturel relance souvent le groupe. Concluez par la ligne d’émotion : “Comment vous vous sentez maintenant ?” et faites inscrire un dernier mot-clé qui résume l’ambiance (“doux”, “famille”, “été”, “rire”). Cette clôture positive améliore la trace mnésique de la séance.
Techniques d’animation qui marchent
Parlez simple et lentement, posez des questions ouvertes mais courtes, laissez des silences utiles. Laissez la place au non-verbal : montrer, pointer, mimer. Quand un mot manque, offrez une alternative bienveillante : “On peut dire ‘le grand plat en métal’ si ‘couscoussier’ ne vient pas.” Reformulez sans corriger, et validez l’émotion associée au souvenir. Pour les personnes moins verbales, proposez de cocher ou encercler sur la fiche ; pour celles qui aiment écrire, laissez la main et dictez si besoin.
Adapter la fiche à des profils variés
La même trame se prête à de nombreuses adaptations. En cas de fatigue, travaillez une seule porte sensorielle et une seule amorce, puis passez directement à la frise et à l’émotion. Pour des résidents à l’aise, enrichissez avec une photo d’époque en coin de page, ou proposez un duo : l’un raconte, l’autre note les mots-clés. Si l’écriture est pénible, remplacez-la par des gommettes ou des tampons dans les cases prévues. En chambre, la version Noir & Blanc de la fiche (incluse dans le PDF) se photocopie très bien, avec un contraste suffisant.
Évaluer sans noter et documenter le progrès
L’évaluation est qualitative et centrée personne. Notez en fin de séance un ou deux repères positifs : un mot retrouvé, un sourire, un lien fait entre deux souvenirs. Ces traces alimentent un journal de réminiscence utile pour la famille (avec l’accord de la personne) et pour l’équipe pluridisciplinaire. D’une séance à l’autre, vous constaterez des retours de thèmes et une plus grande aisance narrative chez beaucoup de participants.

Posture éthique : sécuriser, ne pas forcer
Certains souvenirs peuvent être ambivalents. Gardez une posture d’accueil, proposez des issues de secours (“On peut passer à un autre souvenir.”), et privilégiez les thématiques chaleureuses. La fiche est un support, pas une injonction : on peut sauter un bloc, revenir plus tard, coller une photo ou dessiner à la place d’écrire. L’important est la sécurité affective et la valorisation de la personne, pas le remplissage exhaustif.
Conseils d’impression et d’archivage
Imprimez la version couleur pour l’atelier collectif et la N&B pour les usages fréquents. Un grammage 100–120 g rend l’écriture plus confortable. Glissez quelques fiches plastifiées dans un classeur thématique (cuisine, école, saisons, fêtes, métiers) pour pouvoir piocher en fonction de l’humeur du groupe. Si l’établissement a un logo, ajoutez-le à l’en-tête pour renforcer le sentiment d’appartenance.
Idées de thématiques prêtes à l’emploi
La cuisine fonctionne quasi toujours : pain chaud, soupes, plats dominicaux. Les fêtes et saisons ouvrent sur des rites partagés. lieux (marché, cour d’école, gare) et les métiers amènent des gestes précis, faciles à mimer. Les chansons servent de liant ; un refrain suffit à déclencher un récit. Vous pouvez garder la même fiche et changer uniquement le thème dans l’en-tête pour bâtir une petite série.
Un petit outil, un grand effet 😉
Avec sa structure claire — capteurs sensoriels, amorces guidées, ancrage chronologique, mots-clés et émotion — la fiche « Atelier Réminiscence » offre un cadre simple et puissant pour des séances chaleureuses et efficaces. Elle aide l’animateur à tenir la ligne tout en restant souple, et elle donne aux résidents la possibilité de réussir autrement : par la mémoire affective, la parole partagée et le plaisir de se raconter.
Construire un petit cycle sur quatre semaines
Il est souvent plus fécond de penser la réminiscence en séquence courte plutôt qu’en séance isolée. Une trame simple peut guider vos quatre rendez-vous : d’abord un thème sensoriel très accessible (les odeurs et les plats d’enfance), puis un ancrage dans les lieux et les trajets, ensuite les personnes et les liens, enfin les fêtes, musiques et traditions. Chaque séance reprend le même rituel d’ouverture, s’appuie sur la fiche une page et se conclut par un mot-clé partagé. Cette répétition douce diminue l’anxiété de performance et installe des repères rassurants. Vous pouvez conserver les fiches remplies dans une pochette nominative ; elles deviennent le fil rouge du cycle, à feuilleter au début de chaque rencontre pour relancer la mémoire de travail.
Scénariser l’ouverture et la clôture
Quelques phrases stables suffisent à installer un climat contenant. Au début, une présentation calme du cadre (« nous allons évoquer des souvenirs agréables, chacun avance à son rythme ») et une première évocation sensorielle courte permettent d’entrer sans pression. En clôture, un rapide retour au présent (« qu’est-ce que vous emportez de ce moment ? ») et un petit rituel — une chanson commune, un geste de remerciement, une photo du groupe — fixent la trace affective. Ces micro-scènes n’ajoutent pas de charge cognitive mais structurent l’expérience, particulièrement utile en EHPAD lorsque l’environnement est peu prévisible.
Gérer les souvenirs ambivalents sans rompre le lien
Il est normal que certains souvenirs amènent de l’émotion, parfois mêlée. La posture consiste à accueillir sans fouiller, reformuler sans interpréter et proposer une bifurcation douce. Une technique simple est la passerelle sensorielle : si un récit devient pénible, ramener l’attention sur un détail neutre (le bruit d’une cloche, l’odeur du pain) permet de rester en contact sans nier l’affect. Vous pouvez aussi offrir une alternative narrative (« on peut s’arrêter là et évoquer un autre moment heureux »). La fiche prévoit une ligne “émotion ressentie” qui aide à nommer l’état présent, et ce simple geste suffit souvent à apaiser.
Inclure les profils très hétérogènes
Dans un même groupe, on rencontre des personnes loquaces, d’autres qui préfèrent écouter, et certaines pour qui l’écrit est fatiguant. La même fiche sert à tous si l’on varie les modalités. Pour les grands parleurs, invitez à condenser en mots-clés ; pour les plus en retrait, proposez de cocher, encercler ou dicter quelques mots. Lorsque le langage fait défaut, le mime d’un geste de métier, l’odeur d’une épice, la photo d’un lieu générique réouvrent des portes alternatives. En binôme, un pair peut aider un voisin à noter, ce qui valorise chacun sans hiérarchie.
Valoriser et transmettre les traces
La réminiscence gagne en puissance lorsque les productions sortent de la salle. Une fois les fiches complétées, sélectionnez deux ou trois mots-clés par personne et épinglez-les sur un panneau discret du couloir, ou glissez une copie dans le cahier de liaison familial. Un petit “carnet des souvenirs du mois” relié à la fin du cycle devient un objet tangible que l’on peut feuilleter lors des visites. Ces traces modifient le regard porté sur la personne : elles montrent des compétences, des goûts, une histoire, et pas seulement des besoins de soin.
Éthique et consentement, en pratique
Même en contexte convivial, la confidentialité reste un repère. Prévenez le groupe que chacun choisit ce qu’il partage, que l’on peut passer son tour, et que rien n’est obligé. Lorsqu’une fiche ou une photo quitte le service, recueillez l’accord de la personne (ou de son représentant) de façon simple et répétée dans le temps. Cette vigilance n’alourdit pas l’atelier ; elle en renforce la sécurité affective, condition du souvenir heureux.
Adapter la fiche une page aux thématiques
La matrice reste identique mais le “chapeau” de la fiche change selon le thème.
Pour « cuisine », placez une amorce sensorielle sur les odeurs et textures, et préparez deux images neutres (un four ancien, une table dressée).
« école / métiers », proposez une courte évocation de geste (écrire à la craie, polir, coudre).
Pour « fêtes et saisons », ouvrez par un fragment musical ou un objet symbolique (une étoile en carton, une feuille d’automne). Les rubriques mots-clés, frise et émotion ne bougent pas ; c’est cette constance qui sécurise et permet la variation.
Indicateurs simples d’efficacité
Sans chiffrer ni noter, on peut observer des signes de bénéfice : une participation plus rapide à l’échauffement, une précision croissante des mots-clés, une meilleure tolérance aux silences, un retour spontané au thème de la séance précédente. Noter deux phrases à chaud dans la zone “notes animateur” suffit à documenter ces évolutions. Au bout de quatre semaines, une courte relecture des fiches produit souvent un sourire, preuve que quelque chose s’est déposé.
Prolongements légers hors séance
Entre deux ateliers, de petits “rappels” maintiennent la dynamique. Une carte postale ancienne posée à la table du goûter, un pot d’épices à sentir au chariot, un refrain fredonné dans le couloir réactivent les réseaux mnésiques sans effort. Vous pouvez aussi glisser un mot-clé de la semaine sur la porte de la chambre, comme un clin d’œil. Ces micro-actions coûtent peu mais prolongent la qualité de présence que l’atelier installe.








