L’argumentation occupe une place centrale dans le raisonnement juridique. Elle ne consiste pas à exprimer une opinion personnelle, mais à démontrer, de manière structurée et objective, une solution fondée sur des textes de loi, la jurisprudence ou la doctrine. Que ce soit pour convaincre un juge, construire un cas pratique ou soutenir une thèse lors d’un devoir écrit, l’argumentation juridique est l’outil indispensable du juriste. Elle repose sur une méthode rigoureuse : qualification des faits, mobilisation des règles applicables, et raisonnement déductif menant à une conclusion logique. Dans un monde où la précision du langage et la rigueur de l’analyse sont essentielles, maîtriser l’art d’argumenter juridiquement, c’est s’assurer de comprendre et de faire vivre le droit.
L’argumentation juridique est l’art de convaincre à l’aide du droit. Elle consiste à construire un raisonnement structuré fondé sur des faits, des règles juridiques et une logique déductive. Elle est omniprésente : dans la rédaction d’un cas pratique, dans un mémoire, une plaidoirie, un jugement ou encore un exposé oral.
Ce type d’argumentation se distingue de l’opinion personnelle : il ne s’agit pas de donner son avis, mais de démontrer une solution fondée sur le droit positif, tout en restant rigoureux, neutre et cohérent.
L’argumentation juridique permet de :
C’est une compétence-clé dans les études de droit et dans toutes les professions juridiques (avocat, magistrat, notaire, juriste…).
Ce schéma, souvent abrégé en FQ-RAC (Faits – Qualification – Règle – Application – Conclusion), est la base de tout raisonnement juridique.
✅ Utiliser un langage clair et juridique (éviter le jargon inutile ou l’affirmation gratuite)
✅ Être synthétique mais complet : chaque étape du raisonnement doit apparaître
✅ Citer précisément les textes (ex. : article 1240 du Code civil) ou jurisprudences
✅ Distinguer argumentation principale et arguments secondaires ou alternatifs
✅ Structurer sa réponse avec des connecteurs logiques : « en premier lieu », « cependant », « dès lors », « par conséquent », etc.
Une bonne formation juridique consiste aussi à savoir défendre deux thèses opposées, surtout en dissertation ou en débat :
| Sujet juridique | Arguments POUR | Arguments CONTRE |
|---|---|---|
| Le principe de précaution | Protège efficacement l’intérêt général | Risque d’entraver l’innovation |
| La responsabilité sans faute | Favorise la réparation des victimes | Fragilise la sécurité juridique |
Pour renforcer une démonstration, il est utile de varier les types d’arguments, chacun ayant sa force selon le contexte :
Appuyer son raisonnement sur un article de loi, une décision de justice ou une règle coutumière.
Ex. : « Selon l’article 1103 du Code civil, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. »
Démontrer par une suite logique que la solution est inévitable.
Ex. : « Si l’obligation est impossible à exécuter, il ne peut y avoir de responsabilité contractuelle. »
Comparer avec une situation ou une jurisprudence similaire.
Ex. : « De même que la jurisprudence a admis la faute du professionnel dans l’affaire X, on peut considérer que… »
Invoquer une valeur du droit (justice, sécurité, protection).
Ex. : « L’interprétation stricte de la loi en matière pénale garantit les droits de la défense. »
⛔ Donner un avis personnel non justifié
Le droit n’est pas une opinion. Tout propos doit s’ancrer dans une règle ou un raisonnement logique.
⛔ Oublier une étape du raisonnement
Sauter de la règle à la conclusion sans application concrète rend l’argumentation fragile.
⛔ Utiliser un vocabulaire imprécis ou inadapté
Dire « le juge pense que… » est à éviter. On dit « la Cour décide que », « le juge retient que… ».
⛔ Mélanger faits et droit
Les faits décrivent la situation ; le droit les analyse. Ne pas les confondre dans le raisonnement.
| Critère | Oui | Non | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Mon raisonnement suit-il les étapes FQ-RAC ? | ✅ | ⬜ | |
| Ai-je cité au moins un texte ou une jurisprudence ? | ✅ | ⬜ | |
| Ai-je utilisé un vocabulaire juridique précis ? | ✅ | ⬜ | |
| Ai-je formulé une solution claire et logique ? | ✅ | ⬜ | |
| Ai-je évité les jugements de valeur personnels ? | ✅ | ⬜ |
L’argumentation juridique est un outil de rigueur et de persuasion. Elle demande à la fois une connaissance du droit, un esprit logique et une capacité à structurer sa pensée. Plus qu’une simple méthode, elle est une façon de penser et de dialoguer dans l’univers juridique.
Ci-après plusieurs exemples concrets d’argumentation juridique, présentés selon la méthode FQ-RAC (Faits – Qualification – Règle – Application – Conclusion), adaptés à différents domaines du droit :
Faits : Un cycliste renverse un piéton en traversant à vive allure un passage piéton alors que le feu est rouge.
Qualification juridique : Il s’agit d’un comportement fautif causant un dommage à autrui.
Règle applicable : Selon l’article 1240 du Code civil : « Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. »
Application : Le cycliste a méconnu une règle de prudence élémentaire en franchissant un passage piéton au feu rouge. Cette faute a directement causé un dommage au piéton.
Conclusion : Le cycliste engage sa responsabilité civile et doit réparer le préjudice subi par le piéton.
Faits : Un salarié est licencié sans motif écrit ni entretien préalable.
Qualification juridique : Il s’agit potentiellement d’un licenciement irrégulier.
Règle applicable : L’article L1232-2 du Code du travail impose un entretien préalable et un motif écrit pour tout licenciement personnel.
Application : L’absence de procédure formelle prive le salarié des garanties prévues par la loi.
Conclusion : Le licenciement peut être considéré comme sans cause réelle et sérieuse ; l’employeur s’expose à une indemnisation du salarié.
Faits : Un maire interdit une manifestation syndicale sur la voie publique.
Qualification juridique : Il s’agit d’une atteinte à la liberté d’expression et de réunion.
Règle applicable : L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 garantit la liberté d’expression ; toute restriction doit être proportionnée.
Application : Si l’interdiction n’est pas justifiée par un risque réel de trouble à l’ordre public, elle constitue une mesure disproportionnée.
Conclusion : L’interdiction est illégale ; elle pourrait être annulée par le juge administratif.
Sujet : La présomption d’innocence est-elle toujours respectée dans la procédure pénale française ?
| Arguments POUR | Arguments CONTRE |
|---|---|
| Garantie constitutionnelle (art. 9 DDHC) | Médiatisation qui influence l’opinion publique |
| Droit au silence et à la défense respecté | Détention provisoire parfois abusive |
| Juge d’instruction indépendant | Présomption parfois contournée par la pratique |
Ce document pédagogique rassemble une série d’exemples concrets d’argumentation juridique, présentés de manière structurée et claire. Il est conçu pour permettre aux étudiants, lycéens en filière STMG ou droit, ou aux formateurs en sciences juridiques, de comprendre et pratiquer le raisonnement juridique selon la méthode FQ-RAC : Faits, Qualification, Règle, Application, Conclusion.
Chaque fiche comprend :
Ce support est idéal pour l’entraînement à la rédaction juridique, aux examens, ou à la prise de parole argumentée.
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