Plutôt que de traiter TPM, maintenance planifiée et LOTO comme trois programmes parallèles, adoptons un angle unique : la sécurité est la condition de la performance, et la planification est le rythme qui rend la sécurité et la fiabilité répétables. Dit autrement : LOTO (Lockout/Tagout) verrouille le risque avant toute intervention, la maintenance planifiée donne le tempo (quoi, quand, qui, comment), et la TPM (Total Productive Maintenance) ancre les pratiques dans la culture quotidienne, côté production et maintenance.
1) Rappels express
TPM (Total Productive Maintenance) Objectif : zéro panne, zéro défaut, zéro accident. Les piliers les plus utiles pour notre sujet :
Maintenance autonome (AM) : l’opérateur maîtrise propreté, lubrification de base, points critiques et détections visuelles simples.
Qualité maintenance : prévenir les défauts d’équipement qui créent des rebuts.
Sécurité & Environnement : intégrer la prévention des risques à chaque tâche.
Maintenance planifiée C’est la colonne vertébrale : inventaire des actifs, criticité, gammes d’entretien, pièces de rechange, planning, ressources, indicateurs (MTBF, MTTR, TRS/OEE…).
LOTO (Lockout/Tagout) Procédure formelle d’isolement des énergies avant intervention : identification des sources (électrique, hydraulique, pneumatique, thermique, chimique…), application des verrous/étiquettes, try-out (essai d’absence d’énergie), enregistrement et levée.
2) Pourquoi lier les trois ? La logique « flux zéro »
Un arrêt imprévu survient, on intervient dans l’urgence, la pression monte… C’est précisément là que la consignation (LOTO) est non négociable, et que des gammes planifiées évitent l’improvisation. La TPM, elle, empêche le glissement progressif qui crée ces urgences (encrassement, lubrification insuffisante, fixations desserrées, dérives de réglages). En les combinant, on obtient :
Zéro accident : LOTO comme pré-condition à toute tâche.
Sécurité : 100 % des interventions LOTO conformes, 0 accident lié à la consignation, 0 try-out manquant.
Planification : ≥ 80 % d’heures planifiées vs total heures, backlog < 4 semaines.
Fiabilité : MTBF en hausse, MTTR en baisse, TRS/OEE en hausse.
Qualité : rebuts liés à dérives d’équipement en baisse (défauts « machine »).
TPM/AM : score audits 5S & AM, % anomalies détectées par les opérateurs, temps AM effectif/planifié.
Astuce : consolidez ces KPIs sur un dashboard unique mêlant tâches TPM, plan PM et enregistrements LOTO (avec des vues « Overdue », « Due in 7 days », conformité LOTO).
6) Cas condensé – atelier automobile (robot de soudure)
Contexte : baisse de TRS, éclats de soudure, arrêts « aléatoires ». Système intégré :
Plan PM hebdo : dressage pins, mesure force de serrage, lub points X/Y, contrôle refroidissement.
LOTO : code atelier BS, énergie EL, procédure BS-EL-RBXX ; try-out systématique avant maintenance. Résultat : régularité du point de soudure, –40 % d’arrêts courts, suppression des interventions « à chaud », meilleure tenue géométrique en carrosserie. Clé de voûte : la planification a rythmé AM + PM, LOTO a sécurisé l’exécution, TPM a pérennisé la routine au poste.
7) Standards opérationnels à formaliser
Fiche AM par poste (photos « bon/mauvais », couple de serrage, tolérances rapides).
TPM_Checklist : tâches par équipement, fréquence, responsable, statut, LOTO requis, code énergie (EL/HY/PN/TH/CH) avec pictogrammes, échéance auto via fréquence.
Maintenance_Planifiee : gammes, pièces, ressources, LOTO ID auto (ex. BS-EL-###).
LOTO_Log : journal complet (atelier, énergie, try-out, heures, statut), ID auto daté (ex. PS-CH-yyyymmdd-###).
Dashboard : total tâches, % Done, Overdue, Due in 7 days, LOTO ce mois.
Checklist_Impression : vue filtrée « Due in 7 days » prête à imprimer avec cases ☐/☑.
Si vous migrez en GMAO, répliquez la même structure : attributs d’énergie, champs LOTO, liens vers documents (procédure, schémas), règles de validation et rapports sécurité/fiabilité communs.
10) Un seul système, trois rôles
LOTO sécurise chaque intervention : non négociable.
Maintenance planifiée fournit la cadence et la prévisibilité : sans rythme, pas de maîtrise.
TPM installe la discipline quotidienne au poste : sans culture, pas de durabilité.
Lier les trois, c’est passer d’actions ponctuelles à un système qui prépare, exécute et améliore en continu. Le résultat visible : moins d’accidents, moins d’arrêts, moins de défauts — et une production qui tient ses délais sans brûler de capital humain.
Un classeur Excel prêt à l’emploi pour piloter TPM, maintenance planifiée et LOTO dans un même fichier. Design lisible : bannière de titre vert/teal, en-têtes gris, formats dates/temps normalisés.
Onglets
Paramètres Listes maîtres et mappings utilisés partout :
Cas automobile — TPM × LOTO × Maintenance planifiée : sécurité d’abord, performance durable ensuite
Voici un cas automobile développé, en langage simple, qui montre comment TPM, maintenance planifiée et LOTO s’assemblent en un seul système.
1) Contexte (clair)
Site : usine automobile multi-ateliers — Body Shop (BS), Paint Shop (PS), General Assembly (GA), Stamping (ST), Utilities (UT).
Problèmes récurrents : arrêts courts, qualité de soudure irrégulière, retouches en peinture, dérives de serrage, interventions « à chaud ».
Objectif commun : sécuriser (LOTO systématique), stabiliser (plan de maintenance réaliste), impliquer la production (TPM/AM niveau 1) pour augmenter TRS et réduire les défauts.
2) L’angle gagnant
Sécurité d’abord, mais pas à part : LOTO rend l’intervention sûre, la maintenance planifiée lui donne un rythme, la TPM (autonome) la rend quotidienne côté poste. On évite les urgences, on standardise, on tient la cadence.
3) Déploiement en 5 étapes (90 jours)
Étape 1 — Sécurité & cadrage (J0–30)
Cartographier les énergies par équipement (codes énergie : EL/HY/PN/TH/CH) et publier les procédures LOTO au point d’usage (codes atelier : BS/PS/GA/ST/UT).
Former au try-out (test d’absence d’énergie) et auditer 10 interventions récentes.
Lister les actifs critiques (sécurité, goulots, pannes coûteuses) et créer les premiers créneaux planifiés.
Étape 2 — TPM/AM niveau 1 au poste (J15–45)
Standards simples par poste : nettoyer, lubrifier, resserrer les points critiques, check visuel capteurs.
Fiches « bon/mauvais » avec photos. Tag d’anomalie quand une limite est dépassée.
Étape 3 — Plan de maintenance (J30–60)
Construire les gammes PM (fréquences, critères “go/no go”, temps standard).
Préparer kits (outillage + pièces), calendrier gelé (≥80 % des heures planifiées), et pièces mini/maxi.
Étape 4 — Exécuter sous LOTO (J45–75)
Chaque ordre = LOTO requis ? → si oui : verrouillage + étiquette + try-out.
Preuves (mesures, photos) jointes à la fiche. Contrôle qualité au redémarrage (premier-articule).
Étape 5 — Stabiliser & améliorer (J60–90)
Pareto des pannes et micro-arrêts, ajuster les fréquences, supprimer les tâches sans valeur.
Revue hebdo Production–Maintenance–HSE–Qualité : décisions courtes, standards mis à jour.
4) Exemples concrets par atelier
A. Body Shop (BS) — robot de soudure
Symptômes : points de soudure irréguliers, retouches, arrêts courts.
AM (opérateurs) :
Nettoyage quotidien des capteurs, soufflage des buses, contrôle visuel câblage/pinces.
PM (maintenance) :
Hebdo : dressage embouts, contrôle force de serrage, vérif refroidissement pinces.