Une pièce s’ouvre, et déjà le réel vacille. Chez Jean Genet, la scène n’imite pas la vie : elle la déplace, la dénude, puis la rend méconnaissable. Les Bonnes installe d’emblée un espace clos — la chambre de Madame — où deux sœurs domestiques, Claire et Solange, rejouent inlassablement un cérémonial fait d’imitation, d’humiliation, de désir et de haine. Tout y est jeu… mais un jeu si précis qu’il finit par ressembler à une vérité plus féroce que le quotidien.
Pour accompagner la lecture (et réussir une copie solide), une fiche de lecture prête à remplir permet de fixer l’essentiel : contexte, résumé, axes d’analyse, procédés, citations repères, plans possibles, et surtout fiches personnages séparées, claires et réutilisables.
➡️ Téléchargement (Word) : Fiche de lecture – Les Bonnes (Jean Genet
Cette fiche est pensée comme un outil “utile en classe” et “efficace en révision” :
Claire est souvent la plus incandescente, la plus exposée au vertige du jeu. Elle ne “fait” pas Madame comme on imite par amusement : elle s’y abandonne. Chez elle, le travestissement n’est pas un accessoire ; c’est une tentative d’élévation, presque une ascèse inversée : devenir l’autre pour sortir de soi, puis se brûler à cette métamorphose.
Claire met en lumière une vérité brutale : on peut haïr un pouvoir et le désirer en même temps. Son imaginaire est une cage dorée : la robe de Madame est un rêve de grandeur, mais aussi une preuve d’aliénation. Elle veut abattre Madame, mais elle veut surtout atteindre la place de Madame — fût-ce dans l’ombre.
Solange paraît, à première vue, plus ancrée, plus “raisonnable”. Mais cette lucidité n’est pas une sortie : c’est une conscience douloureuse de l’enfermement. Là où Claire se laisse emporter par la fièvre, Solange tient la structure, la règle du jeu, l’architecture du rituel — tout en sachant qu’il dévore celles qui le pratiquent.
Solange rappelle que l’oppression n’est pas seulement extérieure. Elle s’insinue, se reproduit, se transmet. Même dans la complicité, une logique de pouvoir revient, presque malgré soi. Chez elle, la haine n’est pas seulement tournée vers Madame : elle se déplace, elle ricoche, elle mord là où l’on aime.
Madame n’est pas seulement un personnage “dominant”. Elle est un principe. Même lorsqu’elle n’est pas là, tout parle d’elle : ses objets, sa chambre, son parfum, sa garde-robe, son nom. Elle est moins une personne qu’une forme sociale : celle qui possède, ordonne, reçoit, juge — parfois avec une politesse qui n’adoucit rien.
Madame montre une domination qui tient à la structure plus qu’au tempérament. Elle peut être aimable, parfois distraite, parfois tendre — et pourtant la hiérarchie demeure. C’est ce décalage qui fait mal : le pouvoir n’a pas besoin d’être “monstrueux” pour écraser, il lui suffit d’être installé.
Avec Claire, Solange et Madame, Genet compose un triangle où chaque figure reflète l’autre :
Résultat : la pièce ne se réduit pas à “deux bonnes veulent tuer leur patronne”. Elle devient une exploration du masque, du désir de domination, et de l’impossibilité de se libérer en ne faisant que changer de costume.
Dès les premières minutes, Les Bonnes annonce sa loi : ici, la réalité n’entre pas d’un bloc, elle arrive en fragments, déformée par le jeu. On croit assister à une scène domestique “ordinaire”, puis l’on comprend que tout est déjà représentation. Cette entrée en matière est capitale pour un commentaire : elle prouve que la pièce n’est pas seulement l’histoire d’un complot, mais une plongée dans une fabrique du rôle, où l’identité se met à trembler.
Lorsque Claire et Solange endossent les habits de Madame, la scène devient une chambre d’écho : les paroles de pouvoir reviennent, amplifiées, presque sublimées. Le spectateur comprend alors une idée redoutable : renverser l’ordre, dans leur monde, passe d’abord par l’imitation. Or imiter, c’est risquer d’aimer ce qu’on déteste. Toute la force de Genet tient à ce paradoxe : la révolte commence en empruntant la langue, la posture et les codes du dominant.
Les moments où les deux sœurs glissent soudain de la complicité à la cruauté sont des passages “or” pour l’analyse littéraire. Ils montrent que le conflit n’est pas seulement social (bonnes contre Madame), il est aussi intime, presque métaphysique : qui suis-je, si je ne suis pas le rôle qu’on m’a donné ? Et qui devient l’autre, lorsque je cherche à le détruire ?
Chaque irruption du réel (une présence attendue, un imprévu, un contretemps) agit comme un choc : la cérémonie se dérègle, les masques se fissurent, et l’on mesure à quel point le “jeu” n’était pas un caprice, mais une nécessité. Dans une dissertation, ces instants servent à démontrer que le théâtre, chez Genet, n’est pas décoratif : il est la condition même de l’existence des personnages.
La pièce fonctionne comme une mise en abyme permanente : les bonnes jouent, rejouent, réécrivent. Le spectateur n’est plus seulement témoin d’une intrigue, il devient témoin d’un mécanisme. L’intérêt n’est pas “ce qui arrive”, mais “comment cela se répète” et “jusqu’où cela peut aller”.
Ici, parler n’est jamais neutre. La parole humilie, élève, frappe, consacre, détruit. On peut soutenir que l’arme principale n’est pas un objet, mais une syntaxe : l’ordre, l’injure, l’ironie, la fausse douceur, la menace.
Tout ce qui appartient à Madame pèse comme un sceau : la robe, le parfum, la chambre elle-même. Genet transforme l’accessoire en symbole : posséder un objet, c’est posséder une place ; toucher un objet, c’est s’approcher d’un statut interdit.
Les scènes obéissent à une logique cérémonielle. On peut analyser la pièce comme une liturgie profane, où la répétition n’apaise pas, mais exalte. Quand le rituel ne trouve plus d’issue, la tragédie affleure.
Les Bonnes montre que l’oppression n’a pas besoin d’être spectaculaire : elle s’installe dans la langue, les gestes, le regard, le quotidien. Même absente, Madame continue de régner, parce que sa place est devenue une loi.
La pièce pose une question brutale : peut-on se libérer en endossant le costume du pouvoir ? Le masque donne l’illusion de s’élever, mais il enferme aussi, car il impose une forme à laquelle on finit par obéir.
La haine est un feu ambigu : elle détruit, mais elle attache. Les bonnes ne cherchent pas seulement à anéantir Madame ; elles cherchent à toucher ce qu’elle représente, comme si la place sociale était un objet sacré.
Deux outils concrets pour piloter la qualité sans alourdir vos équipes Un système qualité n’avance…
Un chantier se gagne souvent avant même l’arrivée des équipes. Quand tout est clair dès…
Le mariage a du sens quand il repose sur une décision libre, mûrie et partagée.…
Une étude de cas réussie commence par une structure sûre. Ce modèle Word vous guide…
Les soft skills se repèrent vite sur une fiche, mais elles ne pèsent vraiment que…
Outil de comparaison et repérage des offres étudiantes Choisir des verres progressifs ressemble rarement à…
This website uses cookies.