Une pièce change de statut dès qu’elle quitte le bureau des méthodes pour entrer en atelier. À partir de ce moment, chaque minute, chaque opération, chaque incident compte. Si tout se passe bien, on ne s’en rend presque pas compte. Mais dès que survient un retard, un rebut inattendu ou un doute qualité, une question surgit : qu’est-il arrivé, où et quand ?
La fiche suiveuse de fabrication est justement là pour éviter que ces questions restent sans réponse.
Avant d’être un document “administratif”, la fiche suiveuse est un outil de terrain. C’est une feuille (papier ou numérique) qui accompagne un ordre de fabrication (OF) tout au long de son parcours dans l’usine. Elle se déplace avec le lot, poste après poste, jusqu’à la fin de la fabrication et la libération du lot.
On peut la définir ainsi :
La fiche suiveuse de fabrication est le journal de bord de l’OF.
Elle trace les opérations réalisées, les temps passés, les quantités bonnes et rebutées, les contrôles effectués et les décisions de libération du lot.
Après ce rappel général, il est utile de distinguer la fiche suiveuse d’autres documents proches :
Dans beaucoup d’ateliers, la production tient encore sur des notes éparses, des souvenirs d’opérateurs ou des informations perdues dans un ERP mal alimenté. La fiche suiveuse structure tout cela et crée une preuve tangible de ce qui s’est passé.
On peut résumer ses apports autour de plusieurs axes complémentaires.
D’abord, la fiche suiveuse renforce la traçabilité. Elle fournit une trace claire :
Ensuite, elle sécurise la communication entre les équipes. Une fiche bien remplie :
Enfin, elle alimente l’amélioration continue. Les données recueillies permettent :
Une fiche suiveuse efficace n’est pas un catalogue de cases sans logique. C’est une mise en scène de l’information pour que l’opérateur, le chef d’équipe, la qualité et parfois le client retrouvent facilement ce dont ils ont besoin.
On peut organiser la fiche autour de quatre blocs principaux, faciles à reconnaître visuellement (bandeaux de couleur, cadres, typographie différenciée).
Avant d’entrer dans le détail du lot, la fiche doit rappeler son statut de document maîtrisé. Cet en-tête, souvent discret mais essentiel, précise par exemple :
Ce cartouche documentaire montre que la fiche n’est pas un bricolage ponctuel : c’est un formulaire officiel, intégré au système qualité.
Le deuxième bloc identifie clairement ce que l’on fabrique. Il permet de reconnecter la fiche au dossier technique et à la commande client. On y retrouve généralement :
Ce bloc est souvent mis en relief par une légère couleur ou un encadré. L’objectif est simple : en un coup d’œil, l’opérateur sait de quel lot il s’agit et à quels documents de référence il doit se fier.
Le cœur de la fiche suiveuse est le tableau dans lequel chaque opération vécue par le lot est consignée. Ce tableau reprend, en version “terrain”, la logique de la gamme de fabrication, mais en y ajoutant les réalités du quotidien.
Selon le niveau de détail souhaité, on y retrouve notamment :
Ce tableau peut être rendu très lisible grâce à quelques choix graphiques :
alternance de lignes légèrement grisées, en-têtes colorés, colonnes bien séparées, zones dédiées aux signatures. Le but n’est pas de “faire joli”, mais de rendre l’écriture et la relecture plus rapides.
La fin du document est réservée à la validation du lot. Il ne s’agit plus uniquement de chronologie, mais de décision. Ce bloc regroupe des informations clés comme :
Ainsi, la fiche suiveuse devient un support de dialogue : elle atteste de la conformité du lot et raconte ce qu’il s’est passé si une dérive a été constatée puis maîtrisée.
Une bonne fiche ne vaut que si elle est correctement remplie. L’idée n’est pas d’ajouter du travail aux équipes, mais de structurer ce qu’elles font déjà.
On peut proposer une méthode simple, applicable dans la plupart des ateliers.
D’abord, il est essentiel de préparer la fiche avant de lancer le lot. On y renseigne :
Ensuite, à chaque changement de poste ou d’opération, l’opérateur :
Enfin, à la fin du flux, le service qualité ou le responsable désigné :
Cette routine, répétée d’OF en OF, installe une discipline légère mais structurante : chacun sait quand prendre le stylo, quoi noter et où signer.
Une fiche suiveuse a peu de valeur si elle reste théorique ou si elle finit froissée dans une caisse. Il est utile d’énoncer quelques règles pratiques pour la rendre vivante.
La première bonne pratique consiste à lui donner un statut clair. La fiche doit être :
La deuxième bonne pratique est de limiter les champs superflus. Une fiche trop chargée décourage son remplissage. Mieux vaut :
La troisième bonne pratique touche à la relecture systématique. Une fiche bien remplie est souvent relue :
Cette relecture transforme la fiche en véritable outil de pilotage, et pas seulement en document d’archivage.
Une fois la fiche suiveuse remplie, il serait dommage qu’elle ne serve qu’à se rassurer en cas d’audit. Elle peut devenir une mine d’informations pour améliorer l’atelier.
La première exploitation concerne les temps réels. En comparant systématiquement :
on fait émerger les écarts persistants. Certains postes s’avèrent systématiquement plus longs que prévu, d’autres plus rapides. Cela peut conduire à réajuster les gammes, équilibrer les lignes ou revoir l’outillage.
La deuxième exploitation vise les rebuts et leurs causes. En recensant :
on remonte directement vers des actions ciblées : formation sur un geste critique, recalage d’une machine, amélioration d’un contrôle en amont, adaptation des tolérances.
La troisième exploitation porte sur la fiabilité des délais. En recoupant :
on peut mieux estimer les délais réalistes et fiabiliser les promesses faites au commerce.
Même bien conçue, une fiche suiveuse peut mal vivre sur le terrain si l’on ne prend pas en compte certains cas particuliers.
Un premier cas concerne les produits récurrents à très gros volumes. Remplir une fiche pour chaque petite série peut devenir lourd. Une solution consiste à :
Un second cas concerne les processus très automatisés où beaucoup d’informations sont déjà traçées par les machines. Dans ces contextes, la fiche suiveuse ne doit pas dupliquer les données, mais plutôt :
Côté erreurs, les plus fréquentes sont assez simples à repérer :
En les identifiant rapidement, on peut ajuster la formation et rendre la fiche plus robuste sans la surcharger.
La forme compte autant que le fond lorsqu’il s’agit d’un outil manipulé au quotidien. Une fiche suiveuse lisible, avec une mise en page claire, des bandeaux colorés et des zones bien identifiées, incite davantage les équipes à la compléter correctement.
On peut par exemple :
Ce travail graphique reste simple mais transforme la fiche en véritable outil ergonomique, prêt à être imprimé et à vivre sur les pupitres de l’atelier.
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