Un TMS (Transport Management System)oriente les décisions quotidiennes, arbitre les priorités, fiabilise la promesse de livraison et révèle le coût réel d’un trajet. Cet article détaille les briques fonctionnelles clés, les indicateurs qui comptent, l’organisation cible et un plan de déploiement pragmatique, sans recourir aux tics de langage qui réduisent l’outil à un simple tableur ou qui dramatisent artificiellement le contexte.
1) Ce qu’un TMS doit vraiment apporter
Visibilité bout-à-bout : origine, hub, douane, distribution finale, preuve de livraison (POD).
Maîtrise des engagements : comparaison automatique promesse vs réalisé (fenêtre de livraison).
Pilotage des coûts : tarifs par lane/mode/transporteur, suppléments (fuel, frais fixes), conversions devises.
Régulation des risques : incidents, retards, blocages, aléas de douane, adresses litigieuses.
PICKED, DEPART_ORIGIN, ARRIVE_HUB, CUSTOMS_CLR, OUT_FOR_DEL, DELIVERED Chaque jalon est horodaté, localisé, avec preuve (scan, référence). C’est la chaîne d’évidence.
👉 Seuils lisibles : adoptez une grille de couleurs homogène (vert = OK, ambre = risque court, orange = risque structurant, rouge = rupture) sur les pourcentages et les écarts horaires. Le cerveau lit d’abord la couleur, ensuite le chiffre.
4) Orchestration quotidienne : comment piloter sans bruit
Matin (15 min)
Vue triée par priorité puis par échéance.
Blocants et ETA_Risk en premier, replanifier si besoin (rebooking, autre mode, split).
Calibrer la grammaire des couleurs (seuils partagés avec l’équipe).
Semaine 3 — Exploiter & ancrer
Rituels courts (matin/midi/soir).
Traquer ETA_Risk au fil de l’eau, fermer les incidents dans les délais.
Produire la revue hebdo (OTIF, retards, transporteurs).
Semaine 4 — Étendre & verrouiller
Couvrir 100 % des lanes actives, ajout du POD obligatoire.
Sécuriser : protections de colonnes, sauvegardes, journal des modifications.
Lancer un plan d’amélioration transporteur basé sur les données.
9) Points d’attention (retours du terrain)
Fenêtres irréalistes = OTIF artificiellement bas → régler la cible, pas seulement l’opérationnel.
Données non structurées (valeurs libres, codes variables) = KPIs illisibles → listes et validations.
Devise non maîtrisée = budgets trompeurs → conversion systématique en pivot.
Incidents non clôturés = bruit persistant → due dates + ownership + rappel automatique.
Trop de priorité “High” = plus de priorité du tout → limite stricte + arbitrage quotidien.
10) Indicateurs de succès (objectifs réalistes)
OTIF moyen ≥ 95 % (phase stabilisée).
Retard moyen < 6 h sur les expéditions critiques.
SLA_Breach < 2 % sur le périmètre prioritaire.
Incidents ouverts > 7 jours = 0.
Écart coût vs tarif de référence < 1 % (hors cas de force majeure).
Un TMS performant structure l’information utile et la met au service de décisions rapides : choix du transporteur, arbitrage d’itinéraire, alerte client, clôture d’incident, consolidation budgétaire. La force de l’outil n’est pas dans la surenchère de fonctionnalités mais dans l’exactitude des données, la cohérence des règles, la lisibilité (couleurs, seuils, fenêtres) et la discipline d’exploitation.
Charge par statut : “In-Transit / Delivered / Booked” (équilibrage).
Incidents : ouvert/en cours, due dépassée en rouge (action).
Coûts : dérive TotalCost_MAD vs budget (par client, par mode).
Règle d’or : traiter d’abord Blocants + ETA en retard, puis High priority, puis le reste.
13) Modèles de messages (copier/coller)
Alerte client (ETA en risque)
Objet : [Shipment {{id}}] fenêtre menacée – nouvelle ETA {{hh:mm / J+N}} Bonjour {{nom}}, Un aléa impacte l’ETA de votre expédition {{id}}. Nouvelle estimation : {{ETA}} (fenêtre initiale {{start–end}}). Action en cours : {{rebooking / seconde présentation / cut-off hub}}. Nous confirmons le prochain jalon à {{heure}}. Cordialement, {{signature}}.
Escalade transporteur (SLA breach)
Objet : SLA breach – Lane {{Orig→Dest}}, {{date}} – Action demandée 24 h Bonjour {{carrier}}, Livraison {{id}} hors fenêtre (+{{h}} h). Merci de :
fournir la cause racine ; 2) valider le plan correctif et prochaine ETA ; 3) confirmer le POD. Cordialement, {{signature}}.
14) Gouvernance étendue — qui décide quoi (en 1 ligne)
Planif. transport : promesse, booking, consolidation, rebooking.
Ops transport : jalons/ETA, preuves, synchronisation hubs.
Service client : information proactive (risques/retards).
Q1. OTIF chute mais rien n’a changé : commencer par quoi ? Vérifier les fenêtres : si l’équipe a raffermi la promesse sans revoir l’ops, OTIF tombera mécaniquement.
Q2. On mélange les devises, comment reporter ? Fixer une devise pivot (ex. MAD) et convertir systématiquement pour tout reporting consolidé.
Q3. Pourquoi deux indicateurs (OTIF/DIFOT) ? Les cultures métier diffèrent ; conservez les deux si nécessaire, mais publiez un indicateur maître pour trancher.
Q4. Faut-il tout automatiser d’un coup ? Non. Stabiliser v1, ancrer les rituels, puis ajouter v2 (coûts) et v3 (scores/reco). L’automatisation suit la maturité.
18) Lexique minimal
OTIF : livré à l’heure et complet par rapport à la promesse.
ETA : heure/datum estimé(e) d’arrivée.
POD : preuve de livraison.
Lane : couple Origine→Destination.
SLA : niveau de service contractuel.
LateBucket : classe de retard (0–6h / 6–24h / >24h).
FX : taux de change vers devise pivot.
19) Conclusion opérationnelle
Un TMS utile raccourcit le temps de décision : il met en évidence les risques, explicite les coûts et orchestre les priorités. La différence ne vient pas d’un foisonnement d’écrans, mais de règles claires, données propres, alertes lisibles et un rituel court qui s’applique tous les jours. Avec ce cadre, vous gagnez en fiabilité de promesse, en maîtrise budgétaire et en crédibilité client — trois effets qui, cumulés, valent bien plus que n’importe quel slogan.