Votre trésorerie décide du tempo ; votre coût de financement décide de la marge. Un bon simulateur d’emprunt pro met ces deux réalités à nu, sans surprise de fin de contrat. Voici comment lire, paramétrer et interpréter un prêt professionnel de A à Z — échéancier, TAEG et amortissement comptable de l’actif financé (linéaire et dégressif).
1) Ce que doit couvrir un simulateur « pro »
Un outil crédible ne se limite pas à une mensualité. Il doit :
Construire un échéancier exhaustif (capital restant dû, intérêts, assurance, frais) avec options de différé.
Calculer un TAEG fidèle à la réalité des flux : montant réellement perçu au départ (net de frais) et sorties mensuelles (échéance, assurance, frais).
Séparer finance et comptabilité : service de la dette d’un côté (intérêts + remboursement), amortissement de l’actif de l’autre (linéaire, dégressif, bascule automatique).
Produire des totaux et KPI lisibles (coût complet, intérêts totaux, assurance totale, frais initiaux et récurrents).
Le fichier que je vous ai livré couvre ces points et pré-remplit un cas réaliste, pour que tout se mette à jour dès l’ouverture.
2) Les deux logiques de remboursement : annuités vs amortissement constant
Annuités constantes (mensualité stable)
C’est le schéma le plus courant : une mensualité unique constante qui couvre intérêts + part de capital. Au début, la part d’intérêts est élevée, puis diminue. Formule (hors assurance) :
On rembourse chaque mois la même part de capital, les intérêts baissent automatiquement (car le CRD diminue plus vite). Résultat : mensualités dégressives (plus lourdes au départ, plus légères ensuite). Utile si vous visez une réduction d’endettement accélérée au prix d’un premier effort de trésorerie plus élevé.
Différé « intérêts seuls »
Vous pouvez demander un différé (ex. 3 mois) : vous payez uniquement les intérêts au début, sans amortir le capital. C’est du « souffle » laissé à la trésorerie le temps que l’investissement produise ses premiers effets. Ensuite, l’annuité (ou le principal constant) démarre sur la durée restante.
3) TAEG : le taux qui dit (presque) tout
Le TAEG est un taux effectif annuel, calculé à partir des flux réels :
À t0 (déblocage) : + Montant net perçu (montant emprunté moins frais initiaux : dossier, garantie, courtage, etc.).
Chaque mois : – (mensualité + assurance + frais mensuels éventuels).
On calcule l’IRR mensuelle (taux interne de rendement) sur cette suite de flux, puis on annualise :
TAEG_annuel = (1 + IRR_mensuelle)^12 − 1
Deux options utiles dans le fichier :
Inclure ou non l’assurance emprunteur dans le TAEG.
Inclure ou non des frais mensuels (compte-tenu du contrat).
Pourquoi c’est crucial ? Parce que le taux nominal ne reflète ni les frais, ni l’assurance. Le TAEG permet de comparer deux offres à périmètre identique de coûts.
4) Assurance emprunteur : capital initial vs capital restant dû (CRD)
Sur capital initial : prime constante (simple à prévoir).
Sur CRD : prime dégressive (plus proche du risque réel). Dans votre simulateur, vous choisissez la base — tout se recalcule automatiquement.
5) Exemple chiffré (pré-rempli dans le fichier)
Paramètres par défaut (modifiables dans Paramètres) :
Ce TAEG > taux nominal est normal : on y intègre les frais + l’assurance. Votre coût complet s’affiche clairement dans les KPI et dans le Dashboard.
6) Lire l’échéancier comme un pro
Dans l’onglet Échéancier — Annuités :
CRD début : capital restant dû avant l’échéance.
Intérêt : CRD × taux_mensuel.
Amortissement : part de capital remboursée ce mois-ci.
Mensualité : constante après différé (hors assurance).
Assurance : selon base choisie (initiale / CRD).
Total payé : mensualité + assurance (+ frais mensuels éventuels).
CRD fin : CRD début − amortissement (borné à 0).
Dans l’onglet Amortissement constant, la logique est identique sauf que l’amortissement (le principal) est constant après différé, d’où des mensualités décroissantes.
7) Séparer finance et comptabilité : l’amortissement de l’actif
Vous financez un actif immobilisé (machine, véhicule, logiciel capitalisé, etc.). Deux méthodes d’amortissement comptable (indépendantes du prêt) sont proposées :
Ex. 160 000 €, durée 7 ans, VR = 0 → 22 857,14 € / an.
Dégressif + bascule vers linéaire
On applique un coefficient au taux linéaire (référence courante) :
Durée ≤ 4 ans → coeff. 1,25
5–6 ans → coeff. 1,75
6 ans → coeff. 2,25
Taux dégressif = coefficient × (1 / durée). La dotation = VNC début × taux dégressif, mais on bascule automatiquement sur le linéaire restant dès qu’il devient plus favorable (dotation plus élevée). Ex. 160 000 € – 7 ans – coeff. 2,25 → premières dotations élevées (≈ 51 428 € la 1ʳᵉ année), puis bascule sur linéaire en année 5, pour terminer à 0 en année 7. Intérêt : accélérer l’amortissement quand l’actif se déprécie plus au début (moteur de coût/usage réel).
Pourquoi c’est utile ? Parce que vos charges d’exploitation (dotations) et vos charges financières (intérêts) ne se chevauchent pas : l’une relève du résultat, l’autre de la trésorerie. L’œil « performance » a besoin des deux.
8) Mode d’emploi (fichier fourni)
Paramètres Saisissez ou conservez : Montant, Durée (1–360), Taux, Date de début (déjà à TODAY()), Frais initiaux, Assurance (taux et base), Différé “intérêts seuls”, Frais mensuels (si besoin). Toutes les dates d’échéance sont automatiques (fonction EDATE).
TAEG L’onglet TAEG reconstitue les flux réels (t0 net + sorties) et calcule l’IRR mensuelle, puis l’annualise. Vous pouvez inclure/exclure assurance et frais mensuels.
Dashboard Vue synthétique : mensualité, intérêts totaux, assurance totale, TAEG, graphique de la décomposition des coûts.
Amortissements comptables Onglets Linéaire et Dégressif préremplis : ajustez le coût, la durée, la VR. La bascule dégressif → linéaire s’effectue sans intervention.
9) Cas d’usage & arbitrages
Différé : utile quand l’investissement ne produit pas de cash immédiatement. Attention à ne pas « consommer » trop de durée en différé.
Assurance sur CRD : économique et rationnel, surtout sur les durées longues ; sur capital initial si vous quêtez une parfaite stabilité de charge.
Frais initiaux : comparez le coût nominal avec et sans frais ; l’impact sur le TAEG est souvent plus fort qu’on ne l’imagine.
Annuités vs principal constant : stabilité vs agressivité de désendettement. La bonne réponse dépend de votre profil de trésorerie et du risque d’activité.
10) Dépannage : erreurs et bonnes pratiques
#DIV/0! / #VALEUR! : le fichier sécurise les formules (IFERROR, MAX/MIN, bornes de durée). Vérifiez que Durée > Différé.
TAEG vide : il lui faut un flux positif (t0 net) et des flux négatifs (échéances). Si vous mettez trop de frais à t0 ou zéro mensualité, l’IRR devient indéterminable.
Assurance : base cohérente avec votre contrat (initiale ou CRD). Le simulateur recalcule l’une comme l’autre.
Export : filtrez les N premières lignes de l’échéancier si votre durée est courte, puis imprimez en PDF (A4 paysage).
11) Checklist « avant signature »
Montant net perçu à t0 (après tous frais) ✔
Mensualité (après différé), assurance comprise ✔
TAEG avec le même périmètre de coûts que l’offre du prêteur ✔
Coût total (intérêts + assurance + frais) ✔
Clauses de remboursement anticipé (pénalités ?) ✔
Hypothèse d’assurance (initiale ou CRD) bien tracée ✔
Avec un échéancier complet, un TAEG fidèle aux flux et un amortissement comptable correctement paramétré, vous pilotez à la fois trésorerie et résultat. C’est ce duo qui transforme un investissement en avantage concurrentiel — pas seulement une ligne de dette.
Vous pouvez partir du fichier prérempli et adapter 3 leviers pour voir immédiatement l’impact :
Durée ↔ mensualité (et intérêts totaux),
Différé (souffle de démarrage vs coût),
Assurance & frais (effet direct sur TAEG).
Document à vocation pédagogique et de pilotage : pour toute décision engageante, confrontez ces résultats à votre offre contractuelle et à votre conseil financier/comptable.
Mode d’emploi — Simulateur d’emprunt pro
Ce classeur Excel est prérempli avec un cas réaliste et tous les calculs sont opérationnels (échéancier, TAEG, amortissements linéaire/dégressif, totaux). Vous pouvez l’utiliser tel quel puis adapter vos paramètres.
1) Architecture du fichier
Paramètres : toutes les entrées (montant, durée, taux, frais, assurance, différé, options TAEG).
Échéancier_Annuités : mensualité stable après différé ; détail par ligne (intérêt, amortissement, assurance, frais mensuels, CRD).
Échéancier_AmortConst : principal constant (mensualités dégressives), mêmes colonnes d’analyse.
TAEG : tableau des flux réels (t0 net + sorties mensuelles) et calcul du TAEG annuel.
Montant emprunté (€) : capital initial (prérempli 150 000 €).
Durée (mois) : 1 à 360 (prérempli 84).
Taux débiteur annuel : ex. 5,90 % (saisi en pourcentage).
Date de début : déjà à aujourd’hui (mise à jour automatique via TODAY()).
Frais & assurance
Frais initiaux : dossier, garantie, courtage, autres (impactent le net perçu à t0 et le coût complet).
Assurance annuelle (taux) : ex. 0,30 %/an.
Base assurance : Capital initial (prime constante) ou CRD (prime dégressive).
Souplesse de trésorerie
Différé intérêts seuls (mois) : pendant N mois, vous payez seulement les intérêts (principal = 0).
Frais mensuels (€) : optionnels (ex. frais de tenue).
Options TAEG
Inclure assurance dans TAEG ? Oui/Non.
Inclure frais mensuels dans TAEG ? Oui/Non.
Astuce : si Durée ≤ Différé, aucune période d’amortissement ne reste. L’onglet Dashboard comporte un contrôle (“Durée > différé ?”) pour éviter l’erreur d’entrée.
3) Lire les résultats clés
3.1 Résumés (dans Paramètres et Dashboard)
Mensualité hors assurance (annuités) ou 1ʳᵉ mensualité (amort. constant).
TAEG (annuel) : reflète les flux réels (montant net t0, sorties, assurance/frais selon vos choix).
Dégressif Taux = coefficient × (1 / durée) ; dotations majorées en début de vie, puis bascule auto vers linéaire quand celui-ci devient plus favorable sur le reste. Coefficients usuels intégrés : 1,25 (≤4 ans), 1,75 (5–6 ans), 2,25 (>6 ans).
5) Scénarios rapides à tester
Soulager la trésorerie au démarrage : augmentez le Différé (intérêts seuls). Regardez l’impact sur la durée restante et le coût total.
Comparer les offres : basculez Inclure assurance/frais mensuels dans le TAEG pour comparer à périmètre constant.
Stabilité vs désendettement : Annuités (mensualité stable) vs Amort. constant (effort initial plus élevé, intérêts totaux souvent plus bas).
6) Impression & export
Échéancier : filtrez les N premières lignes (N = durée) si nécessaire, puis Fichier → Imprimer → PDF (A4 paysage).
Dashboard : exportez en PDF pour une synthèse rapide à partager.
Conservez le classeur comme simulateur maître et faites des copies par projet.
7) Dépannage (zéro #VALEUR!)
Mensualités vides / erreurs : vérifiez que Durée > Différé.
TAEG vide : il faut au moins un flux positif (t0 net > 0) et des flux négatifs (sorties). Si vous mettez 100 % de frais à t0 ou neutralisez toutes les sorties, l’IRR est impossible.
Assurance incohérente : choisissez la Base assurance correcte (Capital initial ou CRD).
Unités : le taux annuel est en %, la durée en mois.
8) Bonnes pratiques de pilotage
Décidez d’abord de votre profil de charge : mensualité stable (annuités) ou décroissante (amort. constant).
Encadrez le différé : utile pour le lancement, mais il coûte (intérêts payés sans amortir).
Comparez les offres au TAEG (mêmes éléments inclus) et regardez le coût total plutôt que le seul taux nominal.
Séparez les décisions finance (service de la dette) et comptabilité (amortissement de l’actif) : elles n’ont pas le même effet sur le résultat et la trésorerie.
Vous verrez : mensualité après différé, TAEG annualisé avec assurance/frais inclus, coût total consolidé, échéanciers complets et dotations comptables prêtes.