Exemples et formulations efficaces avec en quoi, comment, dans quelle mesure
Une problématique de commentaire composé n’est pas une phrase “pour faire sérieux”. C’est la boussole de toute la copie. Quand elle est juste, le plan se construit presque naturellement, les citations deviennent utiles, et vos paragraphes cessent d’être une suite d’observations dispersées. Quand elle est floue, vous pouvez connaître des procédés par cœur : la copie manque de direction.
Sur un texte inconnu, la problématique joue un rôle encore plus décisif. Elle montre que vous ne vous contentez pas de “relever” des figures, mais que vous comprenez ce que le texte fait, comment il le fait, et pourquoi ce travail d’écriture compte.
1) La problématique, au cœur du commentaire composé
Une problématique est une question qui transforme votre lecture en démonstration. Elle relie deux choses :
un enjeu : ce que le texte cherche à produire (émouvoir, dénoncer, faire réfléchir, créer une tension, peindre un monde, troubler une certitude, etc.)
des moyens d’écriture : comment le texte y parvient (point de vue, tonalité, rythme, lexique, images, structure, contrastes, etc.)
Une bonne problématique ne “résume” pas le texte. Elle met en lumière le mécanisme du texte, comme si vous disiez au correcteur : voilà l’axe de lecture qui va rendre ce passage intelligible.
2) Les trois formulations classiques et ce qu’elles impliquent
A) Problématique avec Comment
C’est la formulation la plus naturelle pour le commentaire composé, parce qu’elle appelle immédiatement l’analyse des procédés.
Elle suggère que vous allez expliquer un fonctionnement, une construction, une progression. Elle convient à presque tous les textes : narratifs, poétiques, argumentatifs, théâtraux.
Ce que “comment” exige :
une observation précise sur l’effet ou l’enjeu
l’étude des moyens d’écriture
une progression logique (plan clair)
Exemples solides (adaptables)
Comment le texte construit-il une atmosphère d’inquiétude tout en gardant une apparence de calme ?
Comment la description devient-elle un moyen de révéler l’état intérieur du personnage ?
Comment l’écriture transforme-t-elle une scène ordinaire en moment de bascule ?
Comment le narrateur fait-il naître une critique sociale sans la formuler directement ?
Comment le poème fait-il sentir la présence de l’absence grâce au rythme et aux images ?
Quand utiliser “comment” : presque toujours, surtout si vous voulez une copie nette, structurée, efficace.
B) Problématique avec En quoi
“En quoi” est légèrement différente : elle demande une démonstration qui prouve que quelque chose est vrai, en s’appuyant sur le texte. Elle est utile quand votre lecture repose sur une idée forte que vous devez justifier.
“En quoi” peut donner une problématique plus “affirmée”, plus tranchée, mais elle doit rester ancrée dans le texte. Elle ne doit pas devenir un slogan.
Ce que “en quoi” exige :
une thèse implicite à prouver
des preuves précises et hiérarchisées
une analyse qui démontre, pas qui raconte
Exemples solides
En quoi ce texte est-il une dénonciation indirecte de l’injustice ?
En quoi la scène décrite fonctionne-t-elle comme un miroir critique de la société ?
En quoi ce passage met-il en place une tension dramatique avant un basculement ?
En quoi la voix du narrateur rend-elle l’expérience racontée à la fois intime et universelle ?
En quoi l’écriture poétique transforme-t-elle la douleur en objet esthétique ?
Quand utiliser “en quoi” : quand le texte vous semble porter une intention claire (critique, ironie, éloge, tragique) et que vous voulez construire une démonstration qui “prouve”.
C) Problématique avec Dans quelle mesure
“Dans quelle mesure” est la formulation la plus subtile. Elle convient quand le texte ne se laisse pas enfermer dans une idée unique, quand il y a une ambiguïté, un double mouvement, une tension entre deux pôles.
Elle permet une analyse plus nuancée : vous ne dites pas “c’est”, vous dites “jusqu’où”, “avec quelles limites”, “avec quelles contradictions”.
Ce que “dans quelle mesure” exige :
une lecture nuancée
une partie qui confirme, une partie qui nuance
une conclusion qui tranche avec mesure
Exemples solides
Dans quelle mesure ce texte est-il lyrique, tout en laissant affleurer une distance ironique ?
Dans quelle mesure la description invite-t-elle à l’admiration, tout en installant un malaise ?
Dans quelle mesure le personnage apparaît-il maître de lui, alors que l’écriture révèle une fragilité ?
Dans quelle mesure ce passage relève-t-il du registre comique, tout en exposant une violence réelle ?
Dans quelle mesure le texte présente-t-il un monde fermé, tout en ouvrant une possibilité d’échappée ?
Quand utiliser “dans quelle mesure” : quand le texte présente un double visage, une évolution, ou un mélange de registres.
3) Une méthode simple pour fabriquer une problématique qui tient
Quand vous êtes face à un texte inconnu, la bonne stratégie consiste à construire votre problématique à partir de trois questions concrètes :
Quel est l’effet dominant sur le lecteur ? Tension ? tristesse ? admiration ? malaise ? rire ? indignation ?
Quel est le mouvement du texte ? Monte-t-il ? se brise-t-il ? se renverse-t-il ? s’accélère-t-il ?
Par quels moyens l’auteur obtient cet effet ? Lexique, images, rythme, point de vue, structure, contrastes, tonalité.
Ensuite, vous assemblez : effet + mouvement + moyens.
Exemple de transformation :
Effet : solitude, malaise
Mouvement : vers une rupture finale
Moyens : images, contrastes, rythme ➡️ Problématique : Comment le texte construit-il une solitude oppressante avant de faire surgir une rupture d’espoir grâce aux contrastes et au rythme ?
4) Banque d’exemples par grands types de textes
Textes narratifs
Comment le récit fait-il monter une tension jusqu’au basculement final ?
En quoi la scène racontée révèle-t-elle un conflit intérieur plus profond que l’action ?
Dans quelle mesure la narration paraît-elle objective alors qu’elle oriente le jugement du lecteur ?
Textes descriptifs
Comment la description produit-elle une atmosphère et pas seulement un décor ?
En quoi l’espace décrit devient-il un symbole d’enfermement ou d’évasion ?
Dans quelle mesure la description est-elle réaliste tout en étant chargée d’émotion ?
Textes argumentatifs
Comment l’auteur persuade-t-il sans donner l’impression d’un discours frontal ?
En quoi le texte cherche-t-il à faire changer le regard du lecteur ?
Dans quelle mesure l’argumentation repose-t-elle sur la raison tout en sollicitant l’émotion ?
Textes poétiques
Comment le poème fait-il naître une émotion par les images et la musicalité ?
En quoi la langue poétique transforme-t-elle l’expérience intime en vérité partageable ?
Dans quelle mesure le lyrisme est-il pur, ou traversé par une distance, une inquiétude, une ironie ?
Textes théâtraux
Comment la parole devient-elle une arme dans l’affrontement des personnages ?
En quoi la scène met-elle en place un comique qui révèle une tension réelle ?
Dans quelle mesure la scène relève-t-elle du tragique malgré des effets de légèreté ?
5) Erreurs fréquentes et corrections utiles
Erreur 1 : problématique trop générale
Mauvais : En quoi ce texte est-il intéressant ? Mieux : Comment le texte rend-il cette scène ordinaire inquiétante grâce au lexique et au rythme ?
Erreur 2 : problématique qui résume
Mauvais : Comment le narrateur raconte sa promenade ? Mieux : Comment la promenade devient-elle une expérience intérieure d’effacement ?
Erreur 3 : problématique “thèse” sans moyens
Mauvais : En quoi ce texte dénonce-t-il la société ? Mieux : En quoi le texte dénonce-t-il la société par l’ironie, la mise en contraste et le choix du point de vue ?
Erreur 4 : problématique trop technique
Si votre problématique devient un jargon (“Dans quelle mesure l’énonciation intradiégétique construit une isotopie…”), vous perdez en clarté. Le correcteur préfère une question nette, élégante, et directement exploitable.
6) Modèles prêts à remplir (très efficaces)
Modèle “Comment”
Comment le texte [effet principal] en [mouvement] grâce à [moyens] ?
Modèle “En quoi”
En quoi ce texte [idée forte à prouver], à travers [deux ou trois moyens] ?
Modèle “Dans quelle mesure”
Dans quelle mesure le texte [première lecture], tout en [nuance / contradiction] ?