Œuvre : Les Bonnes
Auteur : Jean Genet
Genre : théâtre (pièce en un acte)
Création : 1947, au Théâtre de l’Athénée (Paris), mise en scène de Louis Jouvet
Personnages centraux : Claire, Solange, Madame
Décor dominant : la chambre de Madame
On croit ouvrir une pièce “sociale” : deux domestiques humiliées, une maîtresse riche, un crime en préparation. Très vite, Genet déplace le centre de gravité. Les Bonnes n’est pas seulement une histoire de vengeance : c’est une machine théâtrale sur le désir, la haine, la mise en scène de soi, et l’impossibilité de sortir d’un rôle sans se briser.
Le spectateur n’assiste pas à une intrigue linéaire : il assiste à un rituel, à une cérémonie intime où le jeu (se déguiser, imiter, dominer, s’agenouiller, humilier) devient plus vrai que la “vraie vie”. Et c’est précisément là que la pièce trouble : elle montre comment l’oppression se loge aussi dans l’imaginaire.
Claire et Solange sont deux sœurs employées comme bonnes chez une femme aisée, simplement appelée “Madame”. Lorsque Madame est absente, les deux domestiques s’enferment dans sa chambre et jouent à un jeu réglé, obsessionnel : l’une devient Madame, l’autre reste la bonne, puis les rôles s’inversent. Elles enfilent les robes, reproduisent les manières, exagèrent les ordres, goûtent au pouvoir… et s’empoisonnent mutuellement par les mots.
Ce jeu n’est pas un divertissement : c’est un exutoire et une montée en tension. Il sert à répéter — comme au théâtre — un fantasme central : tuer Madame. Le complot prend la forme d’un poison préparé pour elle. Mais l’acte se dérobe : le réel ne se laisse pas commander comme une scène.
À mesure que la soirée avance, les deux sœurs s’enferment dans une spirale : elles veulent abolir Madame, mais elles sont aussi fascinées par elle ; elles veulent la détruire, mais elles ont besoin de sa présence pour exister. Le jeu de rôle se transforme en piège : quand la mise en scène échoue à produire le meurtre “réel”, la pièce bascule vers une fin tragique, comme si le théâtre, ici, finissait par avaler la vie. (La pièce est souvent lue comme une montée vers un geste fatal lié au poison.)
On associe souvent Les Bonnes à un fait divers : le meurtre d’une patronne par deux domestiques au début des années 1930. Des analyses pédagogiques rappellent explicitement ce rapprochement et l’importance de ce fait divers dans la réception de l’œuvre.
Point fin (utile en dissertation) : Genet a pu minimiser ou contester une inspiration directe — ce flou nourrit justement la lecture : la pièce ne “raconte” pas un fait divers, elle transforme une violence sociale en mythe théâtral.
La pièce est créée en 1947 à Paris, et sa brutalité symbolique a marqué la réception (scandale, malaise, incompréhension selon les époques et les mises en scène).
Genet construit une mise en abyme : dès l’ouverture, on assiste à une scène où les bonnes “jouent” déjà. Cette mécanique — théâtre dans le théâtre, travestissement, imitation, cérémonie — est au cœur des analyses scolaires et critiques.
Ce que ça change :
Oui, il y a l’opposition maîtresse/domestiques. Mais Genet évite le simple “message”. Il montre une domination intériorisée : même quand Madame est absente, sa loi continue de régner dans la chambre — dans les gestes, les mots, les rêves.
La pièce est une guerre verbale. Menace, flatterie, injure, prière : tout sert à renverser l’autre, à le coincer dans un rôle.
Se déguiser en Madame n’est pas “faire semblant” : c’est toucher une puissance interdite. Mais c’est aussi s’y perdre. Le masque libère… puis enferme.
Les bonnes veulent abattre Madame, mais elles la désirent aussi comme modèle, comme costume, comme place sociale. Cette contradiction est le moteur tragique.
On ne regarde pas seulement une intrigue : on regarde une cérémonie qui se répète, qui s’emballe, qui cherche une sortie. Plusieurs dossiers pédagogiques insistent sur ce caractère de construction “rigoureuse” et de jeu dramaturgique central.
Dans Les Bonnes, le théâtre n’imite pas la vie : il la provoque.
Le décor (la chambre), les objets (robes, rituels), les répliques, tout fabrique une scène où la vérité n’est pas “psychologique” mais théâtrale : elle surgit quand un personnage se met à jouer, et découvre qu’il ne peut plus s’arrêter.
On ne peut pas citer longuement le texte ici (droits d’auteur), mais voici comment choisir tes citations :
Pour passer de la lecture à l’analyse, ces plans types offrent des structures claires et adaptables pour organiser une dissertation ou un commentaire composé, en mettant en valeur les enjeux majeurs de la pièce et la logique de ton argumentation.
Elle est souvent rapprochée de l’affaire des sœurs Papin (1933), et de nombreux dossiers le soulignent, même si Genet a pu contester une filiation directe : la pièce transforme surtout le fait divers en construction symbolique.
Parce qu’elle montre une violence ritualisée : l’humiliation devient un jeu, le jeu devient une nécessité, et la frontière entre fantasme et réalité se fissure dès l’ouverture (théâtre dans le théâtre).
Trois personnages principaux : Claire, Solange et Madame.
Chez Genet, tout est théâtre, y compris ce qui devrait rester “intime”. La chambre de Madame n’est pas un simple décor, c’est une scène verrouillée, un laboratoire. Les objets y deviennent des accessoires de pouvoir. La robe, le parfum, la cloche, les gants, les miroirs. Chaque détail participe à une cérémonie où l’on rejoue la domination pour tenter de la retourner.
Ce qui frappe, c’est la précision de la mécanique. Les bonnes ne “s’improvisent” pas Madame, elles la fabriquent. Elles la stylisent, l’exagèrent, la sacralisent. Le théâtre dans le théâtre n’est pas un effet amusant, c’est une preuve. La réalité sociale est si écrasante qu’il ne reste parfois que le jeu pour respirer. Mais ce jeu exige un prix, parce qu’il finit par devenir une prison.
Les Bonnes ne raconte pas seulement l’envie de tuer. Elle raconte l’envie d’être. Être à la place de l’autre, ne serait-ce qu’une minute. Et cette envie, Genet la rend ambiguë. On ne sait jamais si les sœurs veulent détruire Madame parce qu’elles la haïssent, ou parce qu’elles la désirent comme modèle interdit.
C’est là que la pièce devient vertigineuse. L’ennemie est aussi une idole. La cible est aussi un costume. La révolte se confond avec une fascination. Et quand la libération passe par la copie du dominant, elle se contamine. On renverse peut-être la table, mais on garde la même vaisselle.
L’un des ressorts les plus puissants, c’est la relation entre les deux bonnes. Elles semblent unies contre Madame, mais elles se déchirent sans cesse. Elles alternent la tendresse et la cruauté, comme si l’amour fraternel ne tenait qu’à un fil.
À l’intérieur du duo, Genet installe une lutte de places. Qui commande. Qui obéit. Qui joue mieux. Qui est la plus “digne” de l’illusion. Cette rivalité est tragique parce qu’elle naît du même manque. Les deux sœurs veulent une sortie, mais elles n’ont que leurs rôles pour exister, alors elles se battent pour le masque.
Genet travaille la langue comme un matériau précieux et dangereux. La phrase peut être cérémonielle, insultante, presque liturgique, puis basculer dans la morsure. Le style amplifie le malaise. On n’est pas dans un réalisme plat. On est dans une parole qui fabrique un monde, qui envoûte, qui entraîne.
Dans une copie, tu peux insister sur ce point : le texte n’explique pas, il met en scène. Il ne “dénonce” pas seulement la domination, il la rejoue jusqu’à l’étouffement.
Une bonne conclusion sur Les Bonnes ne doit pas seulement résumer. Elle doit ouvrir sur l’idée forte de la pièce.
Exemple de chute possible (à adapter)
Genet montre que la violence ne naît pas uniquement d’une injustice sociale, mais aussi de la fascination pour les formes du pouvoir. Dans Les Bonnes, vouloir renverser Madame, c’est encore parler sa langue et porter sa robe. La tragédie vient alors de cette impasse : pour sortir de sa condition, il faudrait inventer un autre monde, pas seulement changer de rôle.
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