La fiche individuelle de suivi des compétences est un document A4 synthétique qui concentre, sur une seule page, l’état d’acquisition des compétences d’un élève, les preuves observables, et les étapes suivantes convenues. À la différence d’un relevé de notes, elle met l’accent sur ce que l’élève sait faire, dans quelles conditions, et ce qui reste à consolider. Sa force réside dans un format lisible, actionnable et cohérent d’une période à l’autre.
1) Finalités pédagogiques
Rendre visibles les apprentissages : l’élève, la famille et l’équipe voient les mêmes items, avec le même niveau d’exigence.
Objectiver la progression : on décrit des comportements observables plutôt que des appréciations générales.
Focaliser l’action : chaque compétence est assortie d’une prochaine étape concrète.
Favoriser la co-responsabilité : l’élève comprend ce qui est attendu et comment réussir.
2) Architecture de la fiche (one page)
La page se structure en quatre zones, pensées pour une lecture « de haut en bas » en moins de deux minutes.
En-tête d’identification Élève, classe, période, matière, enseignant, date. Utilité : ancrer la fiche dans un contexte (niveau, discipline, échéance).
Tableau des compétences (12 lignes) Colonnes : Domaine, Code, Intitulé, Niveau de maîtrise, Commentaires/Preuves, Prochaine étape. Utilité : combiner la position (niveau) et la justification (preuve) avec une action explicite.
Légende des niveaux de maîtrise
Non atteint · En cours · Atteint · Maîtrisé Utilité : calibrer les attentes et limiter l’ambiguïté.
Bloc Synthèse & engagements + Signatures Synthèse brève (forces, priorités, échéances clés) et signatures responsable légal / enseignant. Utilité : formaliser l’accord et sécuriser la continuité.
3) Référentiels et périmètre d’évaluation
La fiche s’appuie sur un référentiel de compétences par discipline, organisé par domaines (ex. « Lecture », « Géométrie », « Expression écrite »). Chaque compétence possède un code et un intitulé clair. Bonnes pratiques :
Limiter la fiche à 10–12 compétences prioritaires par période (trimestre/semestre).
Conserver des libellés stables (codes inchangés) d’une période à l’autre pour permettre la comparaison.
Bannir les formulations vagues (« à peu près », « assez bien ») ; préférer les verbes d’action : résoudre, argumenter, interpréter, rédiger…
4) Échelle d’appréciation (niveaux)
Non atteint : l’élève ne parvient pas encore à mobiliser la compétence, même guidé.
En cours : l’élève réussit avec aide (étayage, modèles) ou de façon irrégulière.
Atteint : l’élève réussit de manière autonome dans des situations simples et familières.
Maîtrisé : l’élève réussit de manière autonome et transférable (situations nouvelles, contraintes supplémentaires).
Cette échelle décrit un continuum d’autonomie et de transfert, non une sanction. Elle doit être expliquée aux familles.
5) Règles d’écriture des commentaires
Un bon commentaire est bref, spécifique et orienté preuve.
Situation/Contexte : « En résolution de problèmes multi-étapes… »
Comportement observé : « …sélectionne une stratégie puis la justifie à l’oral »
Résultat/Écart : « …mais oublie la vérification numérique »
Action : « Prochaine étape : systématiser la vérification finale (tableau de contrôle). »
Viser 1–2 lignes par compétence, maximum. La prochaine étape doit être atteignable avant la prochaine période.
6) Processus de mise en œuvre (période type)
Avant la période : sélectionner 10–12 compétences phares alignées avec la progression.
Deux points d’étape (rapides) : relecture des niveaux, ajustement des priorités.
Fin de période : compléter la fiche, renseigner la Synthèse, partager avec l’élève/famille, convenir des engagements.
Période suivante : revenir d’abord sur les prochaines étapes convenues, puis introduire de nouvelles compétences.
7) Qualité, équité et cohérence d’équipe
Calibrage commun : partager exemples de productions et seuils entre enseignants de la même discipline.
Transparence : présenter la légende des niveaux aux familles et la logique de sélection des compétences.
Traçabilité : dater les observations clés ; conserver (au moins) un exemple de preuve par compétence « pivot ».
Équité : articuler la fiche compétences avec d’éventuels aménagements (PAP, PAI, PPS).
8) Lecture et utilisation par les familles
Ce que voit la famille : un profil de compétences explicite, des forces nommées, des priorités limitées avec une échéance.
Ce qu’elle peut faire : soutenir des routines simples (lecture quotidienne, fiches de vérification, entraînement ciblé).
Ce qui change : moins de « notes » abstraites, plus de repères concrets sur le faire.
9) Gouvernance pédagogique
Enseignant : sélectionne les compétences, renseigne niveaux et preuves, propose les prochaines étapes.
Professeur principal / Coordonnateur : veille à l’harmonisation des critères et au calendrier (diffusion/retour).
Équipe éducative (CPE, PsyEN, ULIS…) : apporte un éclairage complémentaire pour les besoins particuliers.
Responsables légaux : valident, co-construisent les engagements réalisables à la maison.
10) Indicateurs de pilotage (au niveau classe / établissement)
Distribution des niveaux par compétence et par période (repérer les points durs).
Progression : part d’élèves passés de Non atteint/En cours vers Atteint/Maîtrisé.
Taux de concrétisation des « prochaines étapes » (suivi en début de période suivante).
Couverture du référentiel : part de compétences traitées au moins une fois dans l’année.
11) Points de vigilance
Trop de compétences alourdit la lecture : rester sur 12 lignes maximum.
Formulations floues minent l’action : toujours relier à une preuve et à une étape suivante.
Niveaux incohérents entre enseignants créent de la confusion : organiser des revues croisées.
Oubli de la synthèse : sans elle, la fiche perd sa fonction d’accord pédagogique.
12) Variantes utiles
Par discipline : une fiche dédiée par matière majeure (Français, Maths, Langues) pour les périodes charnières.
Version N&B (impression économique) avec symboles à la place des couleurs.
Intégration RDV : la fiche peut servir de support d’entretien avec la famille (les engagements deviennent des actions de suivi).
Adaptation lycée pro : inclure des situations professionnelles et des compétences transversales (sécurité, communication, autonomie).
13) Confidentialité et éthique
Minimisation : ne consigner que ce qui éclaire l’apprentissage.
Respect : écrire des commentaires factuels, jamais stigmatisants.
Accès : diffusion contrôlée ; archivage conforme aux règles de l’établissement.
La fiche individuelle de suivi des compétences n’est pas un « document de plus ». C’est un levier de clarté pour l’élève et la famille, un outil de rigueur pour l’enseignant, et un cadre de progrès pour l’équipe. Une page unit diagnostic, preuve et action. Utilisée avec constance, elle installe une culture du progrès mesurable, soutient la motivation et facilite le dialogue.