À l’université de Lettres (Sorbonne, ENS, Lyon 2, Strasbourg, etc.), les contrôles exigent des compétences bien précises : problématiser, argumenter, analyser un texte, situer une œuvre et convoquer des références pertinentes. La fiche de révision n’est pas un résumé de cours : c’est un outil d’exécution reconfiguré pour la dissertation, le commentaire composé, l’explication linéaire ou l’oral. Voici une méthode concrète, des architectures de fiches adaptées aux Lettres et des modèles prêts à remplir.
1) Ce que doit permettre une bonne fiche de révisionLettres
Identifier en 10 s l’idée centrale d’un auteur, d’une œuvre, d’un mouvement.
Activer des procédés d’analyse (métrique, narratologie, stylistique, rhétorique).
Déployer un plan opératoire pour dissertation, commentaire ou explication.
Mobiliser 2–3 citations brèves et sûres (texte, auteur, critique).
Transférer l’outillage sur un sujet inédit (contrôle ultime).
Règle d’or : une fiche = un objectif. (ex. « Commentaire de sonnet baroque », « Thématiques du tragique classique », « Argumentation au XVIIIᵉ »).
2) Les 4 familles de fiches de révision Lettres (et leur contenu minimal)
A) Fiche Auteur
Repères : dates, corpus clé, mouvement, horizon historique.
Idée-mère : 1 phrase sur l’apport singulier (thèmes, esthétique, posture).
Cibler l’épreuve : TD de commentaire en L1 ? Dissertation de littérature comparée en M1 ? Ajuster le format (ex. 2 colonnes pour commentaire, 1 colonne pour dissertation).
Écrémer le cours (amphi + TD + lectures) : ne garder que ce qui sert le jour J.
Formuler l’idée-mère en 1–2 lignes (l’angle qui commande tout le reste).
Structurer la procédure (voir § 6) et pré-écrire des transitions-types.
Composer un exemple canonique (passage + effet + analyse synthétique).
Ajouter un mini-test (1 question minute à se poser J+1, J+3, J+7).
4) Architecture visuelle (lisible en examen)
A4 portrait, marges 12–15 mm, interligne 1,15–1,2.
Deux colonnes pour commentaire/explication (gauche : repères/figures, droite : analyses/exemples). Une colonne pour dissertation (espace argumentatif).
Palette sobre (pastel) : couleur unique pour titres, une teinte d’alerte pour pièges, noir pour le corps.
Repères en marge : ✎ exemple, ⚠ piège, ✓ contrôle, ⟶ transition.
Variante “Cornell Lettres” (très efficace en Sorbonne)
Sujet : … Problématique : … Plan : I … / II … / III … Exemples : Œuvre A (passage), Œuvre B (contre-point). Transitions types : « Dès lors… », « Ce déplacement… » Check : □ citation courte □ notion définie □ ouverture pertinente
Indications :
Ciblez l’épreuve (méthode dédiée).
Écrèmez pour obtenir un outil d’action (pas un résumé).
Armez-vous de 2–3 citations brèves, 1 critique, 1 exemple canonique.
Ritualisez la réécriture (v1 → v2), les rappels (J+1, J+3, J+7), le mini-test.
Étude de cas — Réussir un commentaire composé sur un sonnet (Lettres, Sorbonne)
Cette étude de cas montre que la réussite tient moins à “tout dire” qu’à “faire voir la progression” : du signe aperçu au sens construit. Les fiches Auteur / Œuvre / Méthode guident la sélection, ordonnent les preuves et donnent les bons mots au bon moment. Avec elles, la page devient une démonstration lisible.
Situation L2 Lettres modernes (Sorbonne). Devoir surveillé : commentaire composé d’un sonnet extrait d’un recueil majeur du XIXᵉ. Compétences évaluées : analyse formelle, interprétation argumentée, plan clair, citations courtes et sourcées. Objectif de l’étude de cas : montrer pas à pas comment fabriquer les trois fiches (Auteur, Œuvre, Méthode) et s’en servir pour réussir le commentaire le jour J.
1) Le texte-support (hypothèse réaliste)
Sonnet lyrique avec dispositif classique (deux quatrains + deux tercets), images nature/temple, synesthésies et progression du regard vers l’abstraction. Nous travaillerons comme si l’extrait était un poème des Fleurs du mal (domaine public), en n’employant que des citations ≤ 10 mots : « La Nature est un temple… », « forêts de symboles », « parfums, couleurs et sons se répondent ».
2) Fiche Auteur (extrait opérationnel)
Idée-mère (Baudelaire) Poétique de la correspondance entre sensible et spirituel ; modernité mélancolique, tension beauté/spleen.
Axes rapides
Esthétique du signe (symbole, analogie, synesthésie)
Sujet lyrique en crise (déchirure, idéal vs réel)
Forme classique au service d’une vision moderne
Citations phares
« forêts de symboles » (imagerie sacrée)
« se répondent » (analogie fondatrice)
Critique utile (une idée) La poésie révèle des rapports cachés (lecture symboliste).
Usage en contrôle : cette fiche sert à cadrer l’horizon d’attente et à choisir des mots-clés pour l’intro (modernité, symbole, synesthésie).
Enjambements qui retardent la clé → mise en scène de la découverte
Axe 2 — La langue des correspondances (passage central)
« se répondent » : principe analogique
Synesthésies : conversion des sens → unité sensible
Lexique sensoriel orchestré : harmonie au-delà du chaos
Axe 3 — Vers une lecture du réel (tercets)
Du sensible au spirituel : passage du voir au comprendre
Universel pressenti (l’Unité) ; voix lyrique tenue, non prophétique
Conclusion interne : le poème donne méthode (lire le monde par signes)
Bilan final Le sonnet formalise une ascension : percevoir, lier, comprendre. C’est la grammaire du regard poétique moderne.
7) Paragraphe-modèle (micro-analyse)
Constat. L’attaque « La Nature est un temple » sacralise d’emblée le réel. Procédé. La métaphore conceptuelle (Nature/temple) requalifie l’espace comme lieu de signes. Effet. Le lecteur entre dans un régime d’interprétation : il faut déchiffrer. Interprétation. Dès le premier vers, le poème déplace la description vers l’herméneutique ; la contemplation devient lecture symbolique.
Transition type : « Dès lors, l’imagerie sacrée commande la scène d’initiation que les synesthésies viendront accomplir. »
8) Pièges → Contremesures
Paraphrase → Toujours enchaîner : procédé → effet → interprétation.
Citations longues → conserver ≤ 10 mots, viser l’effet.
Plan thématique flottant → privilégier une progression (révélation, montée).
Abus de jargon → nommer la figure et dire ce que ça change.
9) Critères d’évaluation (auto-audit)
Lecture du sujet/consigne : précise, sans paraphrase.
Plan : 2–3 axes progressifs, annoncés et conclus clairement.
Analyses : au moins 3 procédés nommés + effet + interprétation.
Citations : courtes, sourcées ; pas de collage.
Transitions : présentes ; fil directeur perceptible en 10 s.
Conclusion : unité du passage + portée (poétique/esthétique).