Réussir une dissertation repose sur une chaîne d’étapes qui va de la lecture analytique du sujet à une argumentation structurée, en passant par des définitions précises, des preuves pertinentes et une langue maîtrisée. L’objectif de cet article : vous donner une méthode opérationnelle, valable en Français comme en Philosophie, avec des exemples et gabarits directement réutilisables.
1) Décoder le sujet : du thème à la problématique
Objectif : passer d’une intuition vague à une question claire et féconde.
Cueillir les mots-clés Repérez termes conceptuels (liberté, culture, langage), marqueurs d’angle (peut-on, faut-il, dans quelle mesure), oppositions implicites.
Reformuler en une phraseLe sujet me demande de déterminer si X est possible/souhaitable/justifié, et à quelles conditions.
Énoncer la problématique La problématique n’est pas une paraphrase : c’est la question directrice qui organisera votre démonstration. Si X est revendiqué, sur quoi repose sa légitimité ? Et qu’est-ce qui en limite la portée ?
Tracer le périmètre Œuvres (Français), notions (Philo), époque, éventuelles contraintes de corpus. Mieux vaut réduire que s’égarer.
Pièges fréquents : « débat d’opinion » (je « pense que » sans démontrer), termes non définis, thèse posée avant d’avoir compris la question.
2) Thèse, antithèse… ou autre ? Choisir un plan qui sert votre idée
Votre plan sert votre thèse ; il ne la remplace pas.
Analytique (constat → causes → portée/limites) Quand ? On explique un phénomène ou un terme. Forces : clarté causale. Risques : répétition, manque de tension problématique.
Comparatif (A vs B → mise en perspective) Quand ? Deux œuvres, deux positions, deux concepts. Forces : précision des distinctions. Risques : juxtaposition sans lien.
Règle utile : visez 2–3 parties équilibrées. Un plan lisible vaut mieux qu’un canevas brillant mais impraticable.
3) Les preuves : textuelles en Français, conceptuelles en Philo
Français (littérature)
Preuves : citations brèves et analysées (registre, narration, point de vue, figures), paraphrases justes, éléments de contexte utiles.
Ce qu’on attend : montrer comment le texte produit un effet/sens, pas raconter l’histoire.
Philosophie
Preuves : définitions rigoureuses, distinctions (ex. légal/légitime), exemples et contre-exemples pertinents, références canoniques au service de l’idée.
Ce qu’on attend : un raisonnement qui construit l’idée, pas une succession d’opinions.
Dans tous les cas :bref + analyse > long + paraphrase.
4) Le paragraphe argumentatif : deux modèles sûrs
Modèle PEEL (Français/Philo)
P (Point) : l’idée directrice du paragraphe, claire et assertive.
E (Explication) : le raisonnement qui déplie l’idée.
E (Evidence) : preuve (citation/exemple) courte + commentaire.
L (Link) : mini-bilan et transition vers la suite.
Exemple (Français) P. Le narrateur transforme sa révolte en lucidité partagée. E. Le passage montre le passage du cri isolé à un jugement adressé au lecteur. E. « Il n’est plus possible de marcher les yeux baissés » : champ lexical de la vision → prise de conscience. L. Ainsi, l’espoir n’est pas l’effet automatique de la colère, mais d’un regard éclairé.
Modèle TCEON (plutôt Philo)
Thèse → Concept/définition → Exemple → Objection → Nuance/bilan. Utile lorsque le travail conceptuel est central.
5) Écrire l’introduction qui installe le débat
Amorce cadrée (pas de généralités creuses) → Sujet reformulé → Thèse nette → Annonce de plan. Gabarit express :
[Contexte précis]. Le sujet interroge [termes] : [reformulation]. Je défendrai que [thèse], car [idée 1] et [idée 2] (évent. [idée 3]). J’examinerai d’abord…, puis…
Astuce : rédigez l’intro en dernier pour une thèse plus précise.
6) Conclure sans se répéter
Bilan des réponses → Portée/limites → Ouverture mesurée (pas de banalité universelle). Gabarit :
En définitive, [bilan]. Cela montre que [thèse reformulée] dans la mesure où [conditions]. En perspective, [piste étroite].
7) Gestion du temps (4 h – 4 h 30)
Diagnostic + problématique + thèse : 30–40 min
Plan détaillé + preuves : 20–30 min
Développement (2–3 parties) : 120–130 min
Introduction + conclusion : 25–35 min
Relecture langue/structure : 25–35 min
Impondérables : gardez 25 min pour relire (sens → langue → présentation). Au besoin, mieux vaut 2 PEEL solides qu’un troisième paragraphe bâclé.
Une bonne dissertation, c’est penser clair, organiser net, écrire juste.
Décoder le sujet → 2) Problématiser → 3) Choisir un plan adapté → 4) Argumenter par paragraphes (PEEL/TCEON) → 5) Conclure sobrement → 6) Relire avec méthode. Avec ces repères, vous transformez un exercice anxiogène en procédure maîtrisée.
Vous pouvez associer cet article à la fiche A4 “Fiche Méthode — Dissertation (Français/Philo)” que nous avons générée : elle reprend ces étapes avec tableaux, check-lists et gabarits prêts à compléter.
Temps indicatif : 4 h (voir gestion du temps plus bas).
Évaluez fond (problématisation, arguments) et forme (langue, structure).
Aucune ressource externe nécessaire.
1) Diagnostic du sujet (à faire sur brouillon – 15 min)
Mots-clés / notions : liberté, volonté, désir, contrainte, loi, autonomie, responsabilité. Reformulation (une phrase) :Être libre, est-ce simplement pouvoir réaliser ses volontés, ou bien la liberté exige-t-elle autre chose (règle, maîtrise, responsabilité) ? Implicites / tensions :
Liberté = pouvoir faire ? vs liberté = savoir vouloir / se gouverner.
Désirs capricieux vs volonté éclairée (autonomie).
Absence de règle vs loi choisie (contrainte libératrice). Problématique :La liberté peut-elle se réduire à la satisfaction immédiate de la volonté individuelle, ou suppose-t-elle la capacité de se déterminer par des raisons et des règles que l’on se donne ?
2) Plans possibles (choisir 1)
A) Plan dialectique (thèse / antithèse / dépassement)
I. Oui : la liberté semble être la puissance d’agir selon sa volonté (indépendance, absence d’entraves, initiative).
II. Mais : faire « tout ce qu’on veut » détruit la liberté d’autrui et nous assujettit à nos impulsions (caprice, dépendance).
III. Donc : la véritable liberté est autonomie : vouloir ce qui vaut, se donner des règles raisonnables, articuler loi et responsabilité.
B) Plan analytique (définir → examiner → conclure)
I. Que veut dire « faire ce que l’on veut » ? (pouvoir, désir, volonté)
II. Quand cela contredit-il la liberté ? (addictions, conflits sociaux, irresponsabilité)
Pour l’entraînement, on prend le plan dialectique.
3) Trame de rédaction (exemples prêts à adapter)
3.1 Introduction (≈ 140–160 mots – exemple)
L’affirmation selon laquelle être libre consisterait à « faire ce que l’on veut » séduit par sa simplicité : qui oserait préférer l’obéissance à la contrainte ? Pourtant, l’expérience quotidienne montre que la volonté peut être capricieuse, contradictoire ou même dictée par des dépendances qui nous privent de nous-mêmes. La liberté se réduit-elle au pouvoir de satisfaire nos volontés, ou suppose-t-elle un autre rapport à nos désirs et aux autres ? Je défendrai que si la liberté paraît d’abord coïncider avec l’absence d’entraves, elle se réalise véritablement comme autonomie, c’est-à-dire capacité de se gouverner par des raisons partageables. On montrera d’abord en quel sens la liberté peut sembler se confondre avec la puissance d’agir selon sa volonté ; on verra ensuite pourquoi cette définition échoue dès qu’on considère autrui et nos propres dépendances ; on établira enfin que la liberté s’accomplit lorsque la volonté se règle sur des principes choisis.
3.2 Développement — Paragraphe PEEL (modèle + contenus)
Partie I — « Oui, faire ce qu’on veut » (aspects positifs)
P (Point). À première vue, la liberté se manifeste comme puissance d’initiative : décider sans contrainte extérieure. E (Explication). Pouvoir choisir son activité, son lieu de vie ou son opinion illustre un espace d’action débarrassé d’obstacles arbitraires. E (Evidence – sans citation externe). Dans la vie courante, quitter un emploi subi, refuser une norme injuste, créer un projet personnel témoignent d’une volonté effective. Ces actes semblent d’autant plus libres qu’ils expriment un choix propre, non dicté par autrui. L (Link). Toutefois, cette conception risque d’ignorer que vouloir n’est pas toujours se vouloir : la satisfaction immédiate peut nous lier à nos impulsions et heurter les autres.
Partie II — « Mais la volonté capricieuse n’est pas la liberté »
P. Assimiler la liberté à la satisfaction de tout vouloir rend aveugle aux dépendances et aux conflits. E. L’obsession d’un désir (addiction, conformisme, recherche de validation) peut aliéner : on croit choisir, on subit. Et « faire ce qu’on veut » peut empiéter sur la liberté d’autrui. E. Ainsi, céder à chaque impulsion réduit notre marge d’action à court terme et fragilise notre responsabilité. Dans le social, l’arbitraire d’un individu dissout la confiance nécessaire à la vie commune. L. Dès lors, être libre, ce n’est pas seulement vouloir, c’est apprendre à vouloir : régler sa volonté par des principes.
Partie III — « Donc l’autonomie : vouloir ce qui vaut »
P. La liberté s’accomplit comme autonomie : se donner à soi-même une règle que l’on reconnaît juste. E. Choisir après examen — peser raisons et conséquences, reconnaître autrui comme fin —, c’est se gouverner au lieu d’être gouverné par ses caprices. E. Dans la pratique, on renonce à un plaisir immédiat pour un bien plus cohérent (formation, projet, lien fiable) ; on accepte des règles non parce qu’elles contraignent, mais parce qu’elles rendent possibles des libertés réciproques. L. Ainsi, la liberté n’est pas la négation de toute règle : elle devient capacité de se déterminer par des raisons partageables.
3.3 Conclusion (≈ 100–120 mots – exemple)
Dire que la liberté consiste à « faire ce que l’on veut » met l’accent sur la puissance d’agir, mais confond souvent volonté et caprice. L’examen a montré que la satisfaction immédiate peut entraver la liberté d’autrui et amoindrir la nôtre lorsque nous cédons à des dépendances. La liberté s’accomplit donc comme autonomie : non l’arbitraire des désirs, mais le gouvernement de soi par des principes qui permettent de vouloir ce qui vaut et de vivre avec les autres. À cette condition, la volonté cesse d’être un simple élan pour devenir une volonté libre, capable d’assumer ses choix et d’en répondre.
4) Gestion du temps (proposition)
15–20 min : diagnostic (mots-clés, problématique, plan).
20–30 min : schéma détaillé des 3 parties (idée directrice, exemples, mini-bilans).
120–130 min : rédaction du développement (commencer par là).
25–35 min : introduction + conclusion.
25–35 min : relecture sens → langue → présentation.
5) Check-list d’auto-correction (à cocher)
☐ Sujet reformulé et problématique explicite en introduction.
☐ Plan lisible (2–3 parties équilibrées) + transitions.
☐ Chaque paragraphe = une idée (phrase-noyau) + analyse + mini-bilan.
☐ Distinction désir/volonté/autonomie clarifiée.
☐ Conclusion : bilan → portée/limites → ouverture mesurée.
☐ Langue : accords, ponctuation, connecteurs variés.
6) Barème indicatif (sur 20)
Pertinence & problématisation : /6
Organisation & progression argumentative : /6
Qualité de l’analyse (exemples, distinctions) : /4
Langue & style (clarté, correction, connecteurs) : /4
7) Variantes d’entraînement (mêmes axes, autre angle)
« Être libre, est-ce obéir à la loi ? » → loi subie vs loi choisie (autonomie).
« Le bonheur est-il affaire de volonté ? » → puissance de décider vs conditions extérieures.
« L’opinion empêche-t-elle de penser ? » → confort du « on » vs exigence critique.