On ouvre Le Rapport de Brodeck comme on pousserait la porte d’une auberge un soir d’hiver : il fait froid dehors, mais l’atmosphère à l’intérieur est plus glaciale encore. Dans un village de montagne, quelque part près d’une frontière, les hommes viennent de tuer un étranger, celui qu’ils appelaient « l’Anderer », « l’Autre ». Ils demandent alors à Brodeck, un survivant des camps, de rédiger un rapport pour justifier leur geste. En apparence, Brodeck obéit. En secret, il écrit un tout autre texte : le véritable rapport, celui qui raconte la lâcheté, la peur, la honte et la violence dont ce village – et lui-même – sont marqués.
Roman sombre et puissant, Le Rapport de Brodeck fonctionne comme une fable sur la mémoire de la guerre, la xénophobie et la culpabilité collective. Pour le bac, c’est un texte précieux : dense, symbolique, mais très lisible, qui permet de réfléchir à la nature humaine, à la responsabilité et au rôle de l’écriture.
Brodeck vit en marge d’un petit village avec sa femme Emélia, leur enfant et Fédorine, la vieille femme qui l’a recueilli lorsqu’il était enfant. Il revient de loin : pendant la guerre, il a été déporté dans un camp, a connu la faim, l’humiliation et la déshumanisation. Il n’a survécu que de justesse.
Un soir, en se rendant à l’auberge, il trouve tous les hommes du village réunis. Ils viennent de tuer un étranger, un homme mystérieux que l’on appelait « l’Anderer ». Pour ne pas prononcer le mot « meurtre », ils inventent une expression dialectale : l’« Ereigniës », « la Chose qui s’est passée ». Ils exigent alors de Brodeck qu’il rédige un rapport officiel censé expliquer, excuser, maquiller cet acte.
Brodeck fait semblant d’accepter. Il commence bien le rapport demandé, celui que les villageois veulent lire. Mais, en parallèle, il entreprend un autre texte, secret : son vrai rapport. Dans ce récit clandestin, il raconte non seulement le meurtre de l’Anderer, mais aussi le passé du village, ses compromissions avec l’Occupant, sa propre déportation, le viol d’Emélia, la peur et la lâcheté ordinaires.
Le roman entremêle donc plusieurs lignes narratives :
L’Anderer arrive un jour au village avec son cheval, ses carnets et son regard singulier. Il observe, dessine, interroge peu, mais regarde beaucoup. Ses dessins finissent par révéler aux villageois ce qu’ils sont réellement : des hommes capables de trahir, de dénoncer, de profiter de la faiblesse des autres. En d’autres termes, il leur tend un miroir qu’ils ne supportent pas.
La méfiance se transforme en haine. L’Anderer, différent, silencieux, étranger, devient le bouc émissaire idéal. Une nuit, dans l’auberge, les hommes basculent dans la violence collective et le lynchent.
En parallèle, Brodeck remonte, par fragments, à sa déportation : la faim, les humiliations, les corvées absurdes, la perte d’identité. Son retour au village ne l’a pas fait entrer en héros : on l’a accueilli avec gêne, comme un survivant encombrant qui dérange.
Il découvre peu à peu que les villageois ne sont pas innocents :
Au fil du roman, la tension monte : jusqu’où Brodeck peut-il aller dans la vérité sans risquer sa vie et celle des siens ? Le maire finit par brûler le rapport qu’il a entre les mains. Brodeck lui répond alors que l’on peut bien réduire le papier en cendres, mais pas ce qui est désormais écrit dans sa mémoire.
Dans les dernières pages, l’idée d’un départ se dessine. Brodeck comprend qu’il ne pourra pas changer le village, mais il peut décider de ne pas rester prisonnier de son silence et de sa peur.
Le roman n’est pas raconté de façon linéaire. Il avance par blocs, retours en arrière, éclats de mémoire. Un mot, un paysage, une scène présente déclenchent un souvenir de camp ou un épisode du passé du village. Cette structure éclatée traduit la difficulté à mettre de l’ordre dans l’horreur : raconter devient une manière d’assembler les morceaux d’une histoire brisée.
Pour un commentaire, on peut montrer comment cette construction renforce la dimension d’enquête intérieure et de confession.
L’Anderer incarne l’altérité : il vient d’ailleurs, pense autrement, regarde différemment. Il ne menace pas physiquement le village, mais il dérange par ce qu’il voit et par ce qu’il montre. Ses dessins renvoient aux habitants leur propre image : celle de gens capables de trahir, de se taire, de jouir de la souffrance de l’autre.
Le meurtre de l’Anderer est donc le geste par lequel le village tente de tuer sa propre honte. Pour le bac, on peut travailler sur la peur de l’étranger, la fabrication d’un ennemi et le mécanisme du bouc émissaire.
Le roman pose sans cesse la question de la culpabilité : que fait-on quand on sait qu’on a mal agi, ou laissé faire ? Les villageois, eux, cherchent à oublier, à minimiser, à se raconter une histoire qui les arrange. Le rapport officiel doit servir à cela.
Brodeck, au contraire, décide de ne pas effacer. Il écrit pour garder une trace, pour ne pas laisser la version officielle recouvrir la vérité. La mémoire devient alors une forme de résistance au mensonge et à l’oubli, même si elle reste douloureuse et dangereuse.
L’opposition entre le rapport demandé et le rapport secret est centrale :
Écrire, ici, c’est se dresser contre la réécriture confortable de l’histoire. C’est refuser la facilité du « on ne savait pas », du « ce n’était pas si grave ». Le roman montre ainsi une littérature qui sert à témoigner, à transmettre, à empêcher l’effacement.
Pour le bac, on peut s’attendre à :
Quelques exemples de questions de lecture :
Le Rapport de Brodeck touche parce qu’il ne se contente pas de raconter la guerre ; il montre ce que la guerre laisse derrière elle : le silence, la honte, la peur, le besoin de se trouver des excuses. Il interroge la facilité avec laquelle une communauté peut désigner un étranger comme cause de tous ses maux.
Pour un élève de bac, ce roman permet de réfléchir à des questions très actuelles :
Brodeck répond à sa manière : on peut être faible, avoir peur, mais on peut aussi choisir d’écrire, de ne pas oublier, de ne pas couvrir la faute par de beaux discours. C’est ce geste, discret et obstiné, qui donne au roman sa force et en fait un excellent support de réflexion pour le bac français.
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