Actu métier. La “fiche NC” n’est plus un simple formulaire d’atelier : c’est l’interface entre l’événement et la décision, le point de contact où l’on arbitre le court terme (contenir, corriger) et le long terme (éradiquer la cause). En 2024, l’amendement « climat » ajouté à l’ensemble des normes de systèmes de management — dont l’ISO 9001 — impose désormais de vérifier si les enjeux liés au changement climatique sont pertinents pour le système qualité, en amont des exigences habituelles. Concrètement : certaines non-conformités auront, selon le métier, un volet “résilience” (approvisionnement, infrastructures, chaîne froide, continuité de service) à documenter. C’est une inflexion discrète, mais structurante.
Autre horizon : la révision d’ISO 9001 a franchi l’étape DIS à l’automne 2025. Les débats confirment une évolution « par affinage » (leadership, culture, gestion des risques/opportunités), pas un grand soir normatif. Pour les praticiens, l’enjeu immédiat reste donc d’élever le niveau de la fiche NC et de sa boucle d’apprentissage, sans attendre la version finale annoncée pour 2026.
1) Rappel terrain : qu’est-ce qu’une non-conformité (NC) et que demande la norme ?
Une non-conformité est tout écart à une exigence (client, réglementaire, norme, procédure interne). La réponse normative, c’est la séquence réagir → analyser → corriger durablement → vérifier l’efficacité → capitaliser (clause 10.2). Trois plans d’action coexistent :
Correction (remettre en conformité ce qui peut l’être),
Action corrective (éliminer la cause racine pour éviter la récurrence).
2) Une fiche NC “actualisée” : à quoi doit-elle ressembler ?
Objectif éditorial : offrir à l’équipe une page lisible en 2–3 minutes, exploitable au poste comme en comité qualité. Voici l’ossature recommandée (imprimable ou numérique) :
Signalement
Quoi / Où / Quand / Par qui (traçabilité), numéro d’incident, lot/série, poste/process.
SOP/checklist à mettre à jour, consignes visuelles, formation flash, indicateurs impactés (FPY, taux de réclamation, ppm, OTIF).
Lien avec le contexte et les parties intéressées (4.1/4.2) : mentionner si l’NC révèle un enjeu climatique pertinent (pénurie de matières, variations thermiques, sinistres, énergie/IT), même si la plupart des NC n’auront aucun lien direct avec ce sujet.
3) Les 5 réflexes qui distinguent une bonne fiche NC
Chronologie serrée
Délai de confinement (< 24 h), délai d’analyse (J+5), délai de clôture (selon gravité). Un encart SLA sur la fiche évite l’errance.
Mesure avant opinion
Toujours joindre la preuve (photo, mesure, log logiciel). Sans données, l’analyse dérive.
Cause ≠ coupable
On cherche des causes système (spécification ambiguë, SOP obsolète, capacité machine non maîtrisée, variabilité fournisseur), pas un fautif.
Efficacité prouvée
Une action corrective n’est efficace que si l’indicateur se redresse et que le risque de récurrence chute (audit ciblé, échantillon élargi).
Boucle qualité → management
Chaque NC significative doit remonter en Revue de Direction (tendances, coûts de non-qualité, arbitrages), avec un lien vers risques/opportunités.
4) Quels KPI suivre autour de la fiche NC ?
Taux de NC (par million d’unités, par commande, par sprint),
MTTC (Mean Time To Containment) & Lead time de clôture (Jours),
% de récurrence à 90 jours,
% d’actions clôturées dans les délais,
Coût de non-qualité (rebuts, retouches, retours, pénalités),
Tableau de bord temps réel (RAG, délais, récurrences, coûts).
Connecteurs vers ERP/MES/CRM pour boucler la donnée.
Knowledge base : à chaque fermeture, snippet réutilisable (avant/après, SOP, check visuel).
Modèle “prêt à compléter” (extrait)
À retenir
La fiche NC est un instrument de management, pas une paperasse défensive.
L’amendement “climat” n’exige pas d’objectifs environnementaux, mais bien de vérifier la pertinence du sujet dans votre contexte : si c’est pertinent, on l’intègre ; si non, on le documente et on avance.
La valeur se crée à la clôture, quand la cause racine est éradiquée, les SOP sont mises à jour et l’organisation apprend.
En-tête & métadonnées ID NC, site/ligne/process, date/heure, déclarant. Sert à la traçabilité et aux statistiques.
Signalement “Quoi / Où / Quand / Par qui”, gravité (mineure/majeure/critique) et statut RAG 🟢🟡🔴.
Exigence en cause & preuves Référence (client, réglementaire, norme, procédure interne) + preuves (photos, tests, logs, PJ/QR). Sans preuve, l’analyse reste fragile.
Réaction immédiate (Containment < 24 h) Isolement, arrêt/consignation, information client, autres mesures. Responsable et risque résiduel précisés.
Analyse causale (cause racine) Méthode (5 Why, Ishikawa, Pareto), facteurs contributifs (formation, SOP, fournisseur, machine, milieu, management). Objectif : expliquer le “pourquoi”, pas chercher un coupable.
Actions — Correction (court terme) & Action corrective (éliminer la cause) Tableau “Action / Owner / Échéance / Critère de succès / RAG”. Une même NC peut avoir plusieurs actions ; distinguez bien les types.
Capitalisation & gouvernance SOP/checklists à mettre à jour, formation “flash”, visuels au poste, KPI impactés (FPY, ppm, OTIF, réclamations, coût NC), remontée en Revue de Direction si nécessaire.