Comprendre un document d’histoire, c’est beaucoup plus qu’en extraire quelques informations. Une véritable analyse critique transforme une trace—texte, image, carte, statistique—en preuve au service d’une démonstration. Elle répond à une question directrice, met en ordre les idées, hiérarchise les indices, puis conclut en connaissance de cause. Cet article propose une démarche ample, pensée pour la classe mais utile bien au-delà : du choix de la problématique au croisement des sources, en passant par l’évaluation de la fiabilité et l’écriture d’une synthèse.
Toute lecture commence par l’identité du document. On précise sa nature (discours, décret, affiche, photographie, carte, graphique…), le producteur (auteur individuel, institution, journal, service ministériel), la date et le lieu de production, la provenance (fonds d’archives, publication, manuel) et le public visé. On qualifie aussi la source : primaire quand elle est contemporaine des faits, secondaire lorsqu’elle résulte d’un travail d’analyse postérieur. Cette mise au point ne relève pas du protocole : elle oriente toute l’interprétation à venir, car chaque combinaison nature-auteur-date-public porte des effets de point de vue, de langue et de cadrage.
Formuler une problématique claire, c’est décider de l’angle de lecture. On transforme un thème vague en question ciblée : Que révèle cette carte économique des priorités de l’État au tournant des années 1930 ? ; Comment ce témoignage d’ouvrier éclaire-t-il l’expérience du travail industriel à la fin du XIXe siècle ? La problématique découpe le réel, fixe un horizon de preuve et structure déjà le futur plan : un axe d’identification et de contexte, un axe de contenu et d’intentions, un axe d’évaluation critique et de croisement.
Le résumé sert à restituer l’information brute dans l’ordre du document et avec ses marqueurs (mots clés, chiffres, légendes). On résiste à la tentation d’interpréter trop tôt. Quelques phrases suffisent pour récapituler le message principal, l’argument central, les repères temporels, les acteurs, les lieux. Un bon résumé se reconnaît à sa fidélité et à sa sobriété : pas de paraphrase longue, mais l’exacte épine dorsale de la source.
Vient le cœur de l’analyse : qu’est-ce que ce document veut faire au lecteur ? Un décret norme et prescrit ; un éditorial convainc ; une affiche suggère et met en scène ; une carte simplifie et hiérarchise. On traque les procédés : modalisation (il faut, on doit), registres (épique, alarmiste, administratif), champs lexicaux, figures d’opposition, slogans, cadrage d’une photo, couleurs d’une affiche, légende d’un graphique, échelle d’une carte. Les silences parlent aussi : un texte qui détaille les objectifs omet parfois les moyens ; une photographie saturée de symboles évacue les contre-exemples. Mettre au jour ces choix et ces blancs, c’est déplier la rhétorique du document.
La critique externe interroge l’auteur, la date, la circulation du document, son intégrité matérielle ; la critique interne examine la cohérence du propos et la qualité des indices. On peut s’aider d’une grille simple : compétence et position du producteur ; proximité temporelle et spatiale avec les faits ; intention (information, promotion, justification) ; biais possibles (idéologie, intérêts) ; représentativité (cas singulier ou tendance lourde) ; matérialité (extrait, coupures, traduction). L’enjeu n’est pas de coller une étiquette “vrai/faux”, mais de dégager la valeur d’usage de la source pour l’historien : que permet-elle d’établir avec sûreté, que permet-elle seulement de supposer ?
Une source gagne en sens lorsqu’elle rencontre d’autres pièces du dossier. On établit un tableau convergences / divergences / apports spécifiques. L’accord entre documents renforce la crédibilité ; la divergence invite à affiner l’échelle, la chronologie, le groupe social, ou à repérer une intention politique. Le croisement ne cherche pas l’unanimité, il produit une explication : pourquoi des sources voisines ne racontent-elles pas la même chose ?
La rédaction reprend la logique de l’enquête. L’introduction annonce le cadre (identification éclair), définit les termes, pose la problématique et annonce le plan. Le développement suit deux ou trois axes cohérents : contenu et procédés ; valeurs et limites ; confrontation et bilan. Un court contre-argument atteste la prise en compte d’un point de vue alternatif. La conclusion répond sans détour à la question initiale, puis ouvre vers un angle complémentaire, une limite méthodologique, un besoin de source supplémentaire.
Les difficultés tiennent moins à l’érudition qu’à la méthode. Le premier écueil consiste à confondre relecture et analyse : un long récit, même exact, ne remplace pas une question et une thèse. Vient ensuite l’usage d’exemples non sourcés ou trop généraux, qui affaiblissent la démonstration. Un autre piège tient aux transitions : des paragraphes juxtaposés donnent l’illusion de l’abondance ; il faut au contraire lier chaque idée à la précédente et à la suivante, en expliquant pourquoi l’exemple prouve le point énoncé. Le levier le plus durable reste la routine PEEL (Point – Evidence – Explanation – Link) : une phrase-idée claire, une preuve précise, une explication qui relie preuve et idée, une transition qui ouvre la porte du paragraphe suivant. Enfin, l’amélioration passe par un lexique précis (acteurs, institutions, temporalités) et par l’usage réfléchi des connecteurs (opposition, cause, conséquence, concession).
Carte scolaire des années 1930. La problématique pourrait interroger la hiérarchie des investissements publics à la veille des tensions européennes. Le résumé note la densité d’écoles nouvelles dans certaines régions, l’absence d’autres équipements. L’analyse identifie un cadrage centré sur l’espace métropolitain, une légende bicolore qui simplifie les nuances. Valeur : repérer des priorités budgétaires et une géographie politique. Limites : absence d’indicateurs démographiques, pas de distinction urbain/rural. Le croisement avec un rapport parlementaire et des statistiques de natalité clarifie la part de choix politiques par rapport aux contraintes sociales.
Témoignage d’ouvrière textile, 1892. La question porte sur l’expérience du travail et la régulation sociale. Le résumé retient les horaires, les gestes, le salaire, la surveillance. L’analyse met en évidence un registre sobre, des formules récurrentes sur la fatigue et la fierté du savoir-faire. Valeur : accès à l’ordinaire des ateliers, vocabulaire du métier, rapport au temps et à la famille. Limites : point de vue singulier, absence de données chiffrées, possible filtrage éditorial. Le croisement avec un règlement d’usine et un article de presse locale éclaire la part de norme, de conflit et de consentement.
Pour guider l’écriture et objectiver la correction, un barème simple fonctionne bien : problématique (3), identification & contexte (3), résumé fidèle (3), analyse critique valeurs/limites (5), croisement (3), conclusion (2), langue & présentation (1). Chaque critère s’accompagne d’indicateurs de réussite : question formulée en une phrase, présence d’au moins deux preuves sourcées, transitions visibles, vocabulaire précis. L’élève comprend ainsi où il progresse et comment faire mieux.
Une séance courte gagne à adopter un rythme stable. On commence par cinq minutes d’identification et de problématisation, on enchaîne par un résumé de six lignes, on consacre dix minutes au cœur critique (intentions, valeurs, limites), puis dix autres au croisement rapide avec une deuxième source. La dernière plage s’emploie à la réécriture ciblée d’un paragraphe PEEL, exercice modeste mais décisif pour installer les bons automatismes.
Critères de réussite : question claire, contextualisée, opérationnalisable.
Phrases-outils
Critères : informations complètes, datation exacte, contexte utile (3–4 repères).
Phrases-outils
Critères : concision, exactitude, aucune interprétation prématurée.
Choisir les sous-entrées selon la nature du document.
Phrases-outils
Critères : repérage de procédés + effet produit sur le lecteur.
Phrases-outils
Critères : au moins 2 valeurs et 2 limites justifiées par des indices.
Phrases-outils
Critères : 1 convergence solide + 1 divergence interprétée.
Connecteurs
Critères : paragraphes PEEL complets, transitions explicites, preuves référencées.
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