Dom Juan, Molière – La scène du Pauvre (Acte III, scène 2)
On a souvent l’impression que le commentaire composé est une montagne : des mots savants, des plans compliqués, une problématique qui “sonne bien”. Pourtant, tout part d’une chose simple : un texte précis, une scène précise, et une question honnête qu’on se pose à son sujet. La scène du Pauvre dans Dom Juan est parfaite pour ça. Elle est courte, lisible, très forte… et elle concentre presque tout ce qu’on reproche au héros de Molière.
Cet article te propose un exemple complet de commentaire composé sur cette scène, mais avec un fil rouge : te montrer comment le texte respire, comment on peut le lire avec bon sens, puis seulement ensuite mettre de l’ordre dans les idées. Tu peux t’en servir comme modèle, comme entraînement, ou comme fiche d’inspiration pour ton propre devoir.
Nous sommes au Acte III, scène 2. Dom Juan n’est plus dans les salons ni dans les palais, mais en fuite, dans un bois. Là, il rencontre un pauvre qui prie Dieu et lui demande l’aumône. La situation pourrait être banale : un riche croise un misérable. Mais Molière en fait un moment de vérité.
Dom Juan ne se contente pas de refuser de l’aider. Il va plus loin : il propose au pauvre une somme d’argent s’il accepte de blasphémer, autrement dit de renier Dieu. La scène tient en peu de répliques, mais elle raconte énormément de choses :
C’est exactement ce que le commentaire composé va chercher à mettre en lumière : que fait ce texte ? à travers qui ? avec quels moyens ? dans quel but ?
Avant d’ouvrir ton brouillon et de parler de plan, prends cette scène comme un spectateur. Pose-toi des questions très simples, presque naïves :
La plupart des élèves sentent instinctivement deux choses :
Ces deux impressions sont déjà ton trésor : ce sont elles que le commentaire va organiser. L’exercice ne va pas contre ton ressenti ; il t’aide à le structurer, à le nommer, et à le justifier avec le texte.
Pour un commentaire, on ne te demande pas une phrase de philosophe, on te demande une question précise. Par exemple :
En quoi la scène du Pauvre met-elle en lumière le cynisme de Dom Juan tout en exaltant la dignité d’un personnage humble ?
Tu peux aussi formuler :
Comment Molière oppose-t-il la violence morale de Dom Juan à la foi inébranlable du pauvre ?
Dans les deux cas, l’idée est la même :
Une fois cette question écrite en haut de ton brouillon, tu as déjà la boussole du devoir.
Inutile de chercher l’originalité à tout prix. On veut un plan logique, qui suit la progression de la scène et qui répond à la problématique. Par exemple :
Ces trois axes te permettent :
Ce n’est pas un plan “grandiose”. C’est un plan qui tient debout. Et c’est exactement ce qu’un correcteur attend.
Dans cette première partie, tu montres que dès le début du dialogue, tout oppose les deux personnages.
Tu peux souligner :
Un paragraphe type pourrait ressembler à ceci :
Dès les premières répliques, Molière installe un contraste net entre les personnages. Le pauvre se présente par sa détresse matérielle et sa prière, ce qui souligne sa dépendance et sa foi. En face, Dom Juan intervient avec autorité : il interroge, il relance, il dirige la parole. Ce déséquilibre dans le dialogue traduit un déséquilibre plus profond : l’un cherche à survivre, l’autre se permet d’observer, presque comme un spectateur amusé, la misère de son interlocuteur. La scène pose ainsi, d’emblée, une opposition entre faiblesse sociale et puissance arrogante.
Tu remarques la recette : idée → éléments précis → conclusion sur le sens.
Ici, tu entres dans le cœur du scandale : Dom Juan propose un marché. Il offre de l’argent si le pauvre accepte de blasphémer.
Ce que tu peux montrer :
Un autre paragraphe possible :
Lorsque Dom Juan propose au pauvre de renier Dieu contre de l’argent, la scène bascule. Le libertin ne se contente pas d’ignorer la religion : il transforme la misère de l’autre en terrain d’expérimentation. L’argent qu’il offre n’est pas un geste de charité, mais une arme : il mesure combien la faim pourrait faire plier un homme. Cette proposition de blasphème, présentée sur le ton d’un marché, révèle ainsi une cruauté morale profonde. Aux yeux du spectateur, Dom Juan n’est pas seulement un séducteur ou un joueur ; il devient un homme prêt à acheter l’âme d’un pauvre pour son seul plaisir de provoquer.
On voit bien comment l’analyse ne se limite pas au “quoi” mais touche au “pourquoi” et au “ce que cela signifie”.
Dernier temps du commentaire : il s’agit de montrer que la scène ne se résume pas à la victoire de Dom Juan. C’est même presque l’inverse.
Tu peux insister sur :
Un paragraphe de synthèse pourrait être :
Le plus frappant est sans doute la réponse du pauvre. Alors que tout le pousse à accepter – la faim, la misère, l’absence de ressources – il refuse catégoriquement de renier Dieu. Ce “non” simple mais inflexible donne au personnage une grandeur inattendue. Sans le moindre discours théologique, sans long développement, il oppose à Dom Juan une force morale que l’argent ne peut acheter. Aux yeux du lecteur, la hiérarchie sociale s’inverse : le noble seigneur apparaît comme un homme vide, tandis que le mendiant révèle une richesse intérieure. Molière fait ainsi de cette courte scène une leçon silencieuse sur la valeur de la foi et de la conscience.
C’est cette inversion qui donne au passage sa puissance tragique et morale.
Tu peux t’inspirer d’une introduction comme celle-ci :
Au XVIIᵉ siècle, Molière choque et fascine le public avec Dom Juan, pièce qui met en scène un grand seigneur libertin, séducteur et irrespectueux des lois humaines comme divines. Au troisième acte, alors qu’il fuit après ses scandales, Dom Juan rencontre dans un bois un pauvre qui prie Dieu et lui demande l’aumône. Loin de lui venir en aide, il lui propose de renier Dieu contre une somme d’argent. On peut se demander en quoi cette scène du Pauvre met en lumière le cynisme de Dom Juan tout en exaltant la dignité d’un personnage humble. On verra d’abord comment la rencontre installe un contraste social et moral saisissant, puis comment l’épreuve imposée par Dom Juan révèle un cynisme glaçant, avant de montrer que le refus du pauvre lui confère une véritable grandeur morale.
Tu retrouves les quatre éléments essentiels :
Pour la conclusion, il ne s’agit pas de réciter ton plan, mais de rappeler l’essentiel et d’ouvrir un peu la perspective :
La scène du Pauvre concentre ainsi, en quelques répliques, tout le scandale moral de Dom Juan. En jouant avec la faim et la foi d’un homme misérable, le héros révèle un cynisme qui dépasse le simple libertinage mondain. Face à lui, le pauvre incarne une force tranquille : il préfère la misère à la trahison de ses convictions. Molière transforme donc une rencontre en apparence anodine en un véritable révélateur de valeurs, qui annonce la chute du libertin et invite le spectateur à s’interroger sur la responsabilité des puissants devant les plus fragiles.
Tu refermes ainsi ton commentaire sur une idée forte, qui dépasse la seule scène.
Si tu devais garder trois idées après cet exemple sur la scène du Pauvre, ce seraient celles-ci :
Le commentaire composé n’est pas un concours de phrases compliquées. C’est une manière de penser à voix haute avec un texte, en gardant ton intelligence, ta sensibilité, et un peu de méthode. Sur la scène du Pauvre, tu as tout ce qu’il faut pour t’entraîner à cet exercice.
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