Les EPC (carters, rideaux lumineux, barrières piétons, sorbonnes, aspiration localisée, marquage…) sont le premier rempart contre les risques au poste. Pour être efficaces, trois conditions doivent être réunies en même temps : disponibles, conformes à la norme/au standard, et effectivement en place (actifs, non neutralisés, non contournés). Cet article présente une méthode opérationnelle pour auditer les EPC, objectiver les écarts et piloter un plan d’actions simple via un modèle de checklist & monitoring prêt à l’emploi.
1) EPC vs EPI : hiérarchie des mesures
EPC : agissent à la source ou sur l’environnement (capotages, interverrouillages, aspiration, enclôture, balisage, marquage…).
EPI : agissent au niveau de la personne (gants, lunettes…). Conformément à la hiérarchie de prévention, on privilégie la réduction du risque à la source : d’où l’importance de tenir les EPC avant de compter sur le port d’EPI.
2) Les 3 piliers d’un EPC fiable
Disponibilité : l’EPC est présent, non endommagé, alimenté (si actif), accessible au contrôle.
Conformité : l’EPC répond à la norme (ex. ISO 14120 carters, ISO 61496 rideaux lumineux) et au standard interne (références, exigences d’installation, distance de sécurité, force de retenue, débit d’aspiration, etc.).
Mise en place effective : l’EPC est utilisé comme prévu : capot fermé & verrouillé, rideau lumineux actif (non shunté), marquage visible et respecté, sorbonne en service (débit OK), barrières fermées.
Si l’un des trois piliers est à « Non », l’EPC est inefficace → le risque réapparaît.
3) Comment auditer : la check-list terrain
Un bon contrôle EPC est factuel, rapide et traçable. La check-list doit contenir au minimum :
Identification : Site, Zone/Poste, Machine/Process, Type d’EPC, Réf/ID.
Criticité (A/B/C) : A = risque grave/immédiat ; B = significatif ; C = mineur.
Références : Norme/Doc interne (STD).
Les 3 verdicts :
Disponibilité : Oui/Non.
Conformité : Conforme/Non conforme (à la norme/STD).
Mise en place effective : Oui/Non (non shunté, capot fermé, marquage présent…).
Contrôle périodique : Date dernier contrôle, Fréquence (quotidien, hebdo, mensuel, trimestriel, annuel).
Prochaine visite (auto) : calculée selon la fréquence pour éviter les dérives.
Conformité globale (auto) : OK si Oui + Conforme + Oui, sinon Non conforme.
Dans l’onglet EPC_Checklist du modèle, ces champs sont pré-paramétrés avec listes déroulantes et calculs automatiques, plus une mise en forme qui teinte la ligne en rouge si Non conforme.
4) Critères concrets par famille d’EPC (exemples)
Carters / capotages : fixations anti-perte, absence de jeu, impossibilité d’accès à la zone dangereuse (mesures d’ouverture et distances), étiquettes “ne pas retirer”, interverrouillage fonctionnel si requis.
Rideaux lumineux / interverrouillages : test d’arrêt par obstacle, muting conforme au standard, pas de shunt, voyant d’état OK, distance de sécurité respectée.
Aspiration locale / sorbonnes : débit mesuré ≥ seuil, filtres/consommables dans la vie utile, alarme débit fonctionnelle, conduits non obstrués.
Barrières / enclôture / marquage : continuité, hauteur, portillons fermés, marquage sol lisible, panneaux visibles aux accès.
Signalisation : panneaux à jour, pictos cohérents avec le risque, éclairage suffisant.
Chaque critère est relié à une preuve (photo, lecture d’appareil, enregistrement test). Sans preuve, la conformité reste discutable.
5) Fréquences & organisation des contrôles
Quotidien (opérateur/chef d’équipe) : présence & mise en place effective (visuel rapide).
Correctif : remettre l’EPC au standard (remplacement, réglage, mise à jour pièce).
Prévention : traiter la cause (ex. fixation fragile → nouveau design ; shunts récurrents → poka-yoke ; marquage qui s’efface → peinture bi-composant).
Vérification d’efficacité : nouvelle visite, photo/mesure, mise à jour de la check-list.
CAPA/8D pour les cas A ou récurrents.
7) Piloter avec des KPI simples (onglet EPC_Monitoring)
Le suivi doit être sobre et utile. Le tableau de bord fourni calcule automatiquement :
% de conformité globale (OK sur les 3 piliers).
Non disponibles, Non conformes, Non en place (compteurs séparés pour prioriser).
Inspections en retard (prochaine visite dépassée).
Actions en retard (statut ≠ clôturée & échéance < aujourd’hui).
Répartition par criticité A/B/C des non conformes (focaliser sur A).
Typologies les plus fréquentes (carters, rideaux, barrières, aspiration, signalisation, sorbonne).
Seuils visuels : teinte ambre si conformité < 90 %, rouge si < 75 %.
8) Déploiement en 4 étapes
Cadrage : lister les EPC par zone/poste (inventaire), définir les standards (norme + exigences internes), classifier la criticité.
Lancement pilote (2–3 zones) : former les auditeurs, paramétrer fréquences, exécuter la check-list 2 à 3 semaines.
Industrialisation : étendre par vagues, ritualiser (quotidien/hebdo/mensuel), publier un top 5 des non-conformités et suivre les actions.
Amélioration : transformer les récurrences en préventifs (poka-yoke, design robuste), tenir à jour les standards et la métrologie.
9) Erreurs fréquentes & antidotes
Shunt “provisoire” qui dure → poser un verrou de procédure et une alerte automatique ; toute dérogation a une durée et une action planifiée.
Contrôles théoriques sans preuve → exiger photo/mesure systématique.
Fréquences mal tenues → déclencher inspections en retard via l’onglet monitoring ; simplifier le périmètre plutôt que d’accumuler des lignes non tenues.
Actions sans responsable ni date → aucune action n’existe sans Responsable + Échéance + Preuve.
10) Ce que le modèle vous apporte
Check-list standardisée (EPC_Checklist) avec listes déroulantes, calculs et couleurs intelligentes.
Monitoring immédiat (EPC_Monitoring) : les KPI se mettent à jour au fil des saisies.
Traçabilité : qui a contrôlé quoi, quand, avec quelle preuve.
Priorisation : focus sur criticité A et actions en retard.
Bien qu’un EPC soit actif, son non-respect ou sa mise en œuvre incomplète ne le rend pas apte à assurer la protection. En rendant visibles les trois piliers fondamentaux – disponibilité, conformité et déploiement effectif – et en bouclant systématiquement la constatation, l’action et la preuve, vous réduisez les vulnérabilités, les contournements et les incidents. Commencez simplement, maintenez le rythme, et renforcez progressivement les normes grâce aux retours du terrain : la sécurité réelle progresse doucement, et les EPC redeviennent enfin ce qu’ils devaient toujours être – des barrières fiables au quotidien sur lesquelles on peut compter.
⬇️
EPC en pratique — Disponibilité • Conformité • Mise en place effective – Fichier Excel
1) Finalité du fichier
Un pack prêt à l’emploi pour piloter l’excellence opérationnelle au poste :
TPM autonome (CILT), 5S, et EPC (Équipements de Protection Collective).
Des checklists terrain + des KPIs qui se calculent automatiquement.
Des exemples déjà remplis (≥10 lignes dans TPM & 5S, 10 lignes EPC).
2) Les onglets, un par un
A. TPM_Autonome (thème vert)
But : contrôler chaque jour les points critiques machine (Nettoyer / Inspecter / Lubrifier / Serrer) et traiter les anomalies.