Un guide pratico-pratique, rédigé comme on parle en cabinet, avec le jargon utile.
Dans la vraie vie du cabinet, on a besoin d’un outil fiable, lisible, qui pose un repère commun entre l’orthoptiste, l’opticien et l’ophtalmologiste. L’échelle de Monoyer coche ces cases. Les optotypes (les lettres) suivent une logique de taille angulaire : à 3 mètres, la ligne dite 1.0 (10/10) correspond à une certaine résolution attendue de la rétine et de la voie visuelle. C’est concret, rapide, et surtout reproductible si l’on tient une méthode stricte : même distance, même impression, même éclairage.
L’acuité visuelle se note en décimal (0,6 ; 0,8 ; 1,0…), en fraction (6/10, 8/10, 10/10) et parfois en logMAR (logarithm of the Minimum Angle of Resolution). Le décimal parle à tout le monde, le logMAR parle aux pros : il est linéaire d’une ligne à l’autre, donc parfait pour le suivi (rééducation, post-op, évaluation de traitements).
Dans notre modèle 3 m, la ligne 1.0 présente des lettres d’environ 4,36 mm de haut ; en-dessous, c’est plus gros (0,8 ; 0,6…), au-dessus, plus fin (1,25 ; 1,6). On lit ligne par ligne, on valide quand la majorité des lettres est correctement nommée, on retient la dernière ligne lue de façon fiable (votre ligne seuil).
On obtient une vraie mesure quand on élimine les biais simples. La feuille doit être imprimée à 100 %, sans “ajuster à la page”, et le carré de 50 mm doit mesurer… 50 mm. La distance se respecte au mètre ruban : 3,00 m, pas 2,70 m. L’éclairement doit être régulier, sans reflets ni zones d’éblouissement.
On teste œil par œil : occlusion franche mais confortable, lunettes habituelles d’abord (MAVC — meilleure acuité visuelle corrigée), puis sans correction si besoin. La vitesse de lecture compte : pas de devinette à rallonge, on avance au rythme clinique. Si vous suspectez un effet de “crowding” (congestion visuelle de près des lettres), invitez à pointer du doigt la lettre visée : souvent, ça clarifie.
Dans un atelier d’orthoptie, en magasin d’optique ou dans un service d’ophtalmo, on n’a pas toujours les mêmes contraintes. C’est pour ça que je vous ai préparé trois variantes imprimables à 3 m.
1) Modèle “Décimale + logMAR + fraction”
Idéal pour le dossier patient et la communication inter-pros. Le libellé mixte évite les conversions à la volée et facilite le comparatif longitudinal. On sait exactement ce que gagne (ou perd) un patient d’une visite à l’autre.
2) Modèle “Grand interligne”
Pensé pour les séniors, les ambiances lumineuses capricieuses et les patients vite gênés par le crowding. Les espacements inter-lignes et inter-lettres sont augmentés, la charge perceptive diminue, l’évaluation devient plus confortable et plus fiable.
3) Modèle “Double colonne paysage”
Deux échelles identiques sur une page : parfait pour le dépistage en série, les ateliers pédagogiques, ou quand on veut laisser une copie au patient. Même calibration, même distance, deux fois plus de pratique.
Vous installez le patient strictement à 3 m, vous vérifiez l’occlusion et vous annoncez la règle : “je vous montre une ligne, vous lisez de gauche à droite”.
Vous commencez trop facile (ligne grosse) pour mettre en confiance, vous descendez jusqu’à l’erreur, puis vous remontez d’une demi-ligne pour confirmer la ligne seuil.
Quand un doute persiste, vous répétez la ligne au complet en changeant l’ordre des lettres (nos modèles s’y prêtent) pour éviter l’effet “mémoire”.
Vous notez œil droit (OD), œil gauche (OG), puis binoculaire (OU), et vous précisez “avec correction” (AVc) ou “sans correction” (AVs). C’est lisible, traçable, et ça sécurise le compte-rendu.
Une acuité binoculaire à 1,0 avec des monoculaires dissymétriques (OD 0,6 ; OG 1,0) invite à creuser l’anisométropie ou l’astigmatisme. Des écarts gauche/droite variables d’une séance à l’autre peuvent pointer une sécheresse ou une instabilité lacrymale. Une chute brutale au logMAR alerte sur un évènement plus sérieux. On garde la tête froide : la Monoyer est un outil de dépistage et de suivi, pas un diagnostic en soi ; elle oriente vers la réfraction (subjective et objective), le bilan orthoptique et l’examen ophtalmologique complet.
Un test bien mené, c’est une voix posée, des consignes courtes, un rythme constant. On reformule quand le patient bute, on veille au confort postural, on n’humilie jamais l’erreur. Cette écologie de la passation fait gagner du temps, du consentement et de la fiabilité. À la fin, on explique en mots simples : “Aujourd’hui, avec vos lunettes, vous lisez la ligne 1,0 à 3 m ; c’est un bon repère. On reverra la même chose la prochaine fois.”
Optotype : caractère standardisé (lettre, anneau de Landolt…) utilisé pour mesurer l’acuité.
Ligne seuil : dernière ligne lue de façon fiable (critère de réussite prédéfini).
Crowding : gêne induite par la proximité d’autres signes ; courant chez l’enfant et les sujets fragiles.
MAVC : meilleure acuité visuelle corrigée ; mesure de référence “avec” correction.
logMAR : échelle logarithmique de l’acuité, régulière d’une ligne à l’autre (idéal pour le suivi).
Anisométropie : différence de puissance entre les deux yeux.
AVc/AVs : acuité visuelle avec/sans correction.
Focus terrain : calibrage fin, variantes cliniques, traçabilité, cas minute.
La fiabilité commence à l’imprimante. Même en cochant “100 %”, certains pilotes appliquent une réduction “silencieuse”. On mesure donc le carré de 50 mm avec une règle rigide. S’il fait, par exemple, 48 mm, on corrige l’échelle à l’impression :
Facteur d’ajustement (%) = 100 × 50 / mesure réelle → 100 × 50 / 48 ≈ 104,2 %.
Refaites un tirage, re-mesurez, et notez la valeur sur la feuille (“Calibration OK à 50 mm”). C’est un réflexe d’assurance qualité (AQ) qui évite les faux progrès ou les fausses chutes d’acuité.
Le cabinet n’est pas un studio photo, mais l’éclairement doit rester diffus, stable, non éblouissant. Évitez les spots rasants qui créent des halos. Placez la feuille à hauteur de regard, axe médian, sans torsion du cou. La distance est mesurée ruban en main : 3,00 m entre pupille et plan de l’échelle (pas le bord du bureau). Pour gérer le crowding, pointez au doigt la lettre à lire et maintenez un tempo constant : ni dictée au pas de charge, ni devinette sans fin.
La Monoyer (lettres) est parfaite au quotidien. Si vous suivez des cas de basse vision ou participez à des protocoles, pensez logMAR (progression régulière d’une ligne à l’autre) et anneau de Landolt (direction du “C”).
Chez l’adulte peu lecteur, ou en orthoptie pédiatrique, on bascule vers matching (désigner la même lettre sur un gabarit) ; l’outil reste diagnostique-fonctionnel, pas scolaire.
Chez l’enfant, l’occlusion doit être franche mais acceptable (cache propre, bonne tenue). On valide d’abord la consigne sur une ligne facile, on renforce par imitation (vous lisez une lettre, l’enfant répète) puis on inverse.
Si la confusion persiste, passez au Landolt (directions ↑ ↓ ← →) ou au matching par pictos. Le but n’est pas la performance, mais une mesure stable qui servira de ligne de base en rééducation.
Avec des acuités en dessous de 0,5, la Monoyer 3 m reste utile si vous commencez haut (lettres grandes), stabilisez l’éclairage, autorisez le temps de fixation, et notez la fatigabilité (“fluctuation après 30 secondes”). Pour le suivi fin, la lecture en logMAR met en évidence des gains modestes mais réels (par pas réguliers), précieux en rééducation ou après adaptation optique.
(Rappel : la Monoyer oriente et suit, elle ne remplace pas la réfraction, le bilan orthoptique ou l’examen ophtalmologique.)
Rédiger un compte-rendu qui se relit six mois plus tard, c’est gagner du temps et de la crédibilité. Voici une matrice simple à coller dans votre dossier patient (papier ou logiciel) :
Identification & conditions
Mesure
Interprétation & suite
(Astuce AQ : signez vos conditions — distance, calibration, éclairage — c’est votre “chaîne de mesure”.)
Atelier d’optique — renouvellement
AVc binoculaire à 1,0, mais OD plafonne à 0,8, OG à 1,0. Patient asymptomatique. Hypothèse d’astigmatisme OD ou de sécheresse intermittente. On propose lubrifiant d’essai + réfraction fine : OD gagne une ligne ; on documente “gain modeste mais constant”, réassurance, contrôle programmé.
Médecine du travail — dépistage
Double colonne paysage, poste fixe bien éclairé. On calibre une fois, on marque au sol la distance 3 m, on note AVc œil par œil. Les écarts ≥ 2 lignes déclenchent une invitation chez l’opticien/ophtalmo. Le protocole tient en 5 minutes par salarié, traçabilité standardisée.
Orthoptie — enfant lecteur fragile
Grand interligne, doigt pointé, consigne répétée. On valide une ligne facile, on descend par ½ ligne. Les confusions en fin de séance signent la fatigue plus que la baisse d’AV ; on reconfirme au prochain rendez-vous avec un ordre de lettres différent pour casser l’effet mémoire.
La règle est simple : logMAR = −log₁₀(décimal). Exemples utiles :
(Pourquoi c’est pratique ? Parce que chaque pas logMAR est régulier : le suivi est plus sensible.)
Changez ou nettoyez les caches (lingette adaptée), remplacez vos tirages quand ils pâlissent. Évitez d’inscrire au stylo au dos de la feuille (transparence lumineuse). Côté éthique, rappelez que la Monoyer n’est pas un diagnostic : elle déclenche une réfraction, une évaluation orthoptique, ou une consultation ophtalmo quand il le faut. Documentez la compréhension du patient (“Je résume ce que vous avez lu et ce que l’on fait ensuite”).
“Je peux lire en diagonale ?” — Non, la ligne compte : même taille, même charge visuelle.
“Avec mes lentilles, ça fausse ?” — Non, c’est même la mesure de référence : AVc.
“Je connais la feuille par cœur !” — On change l’ordre, voire le modèle ; on mesure la vision, pas la mémoire.
“Je me fatigue vite.” — On fractionne, on repose la fixation, on confirme la ligne seuil sans sur-solliciter.
La Monoyer 3 m est un outil robuste à condition de ritualiser trois points : calibration, distance, éclairage. Le reste tient à la conduite du test : consignes claires, tempo constant, traçabilité propre. Avec vos trois variantes (logMAR, grand interligne, double colonne), vous couvrez 90 % des situations du quotidien — du renouvellement de correction au dépistage pro, en passant par l’orthoptie.
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