Le stroboscope est un outil d’observation sans contact qui permet d’« immobiliser » visuellement des pièces en mouvement pour diagnostiquer un défaut (battement, voilage, patinage, flottement de courroie) et mesurer la vitesse de rotation. Utilisé à bon escient, il accélère les contrôles et évite de déposer des protections ou d’arrêter la production. À l’inverse, mal employé, il peut induire des erreurs (aliasing) ou des risques (illusion d’arrêt, éblouissement). D’où l’intérêt d’une checklist structurée : sécurité, étalonnage, réglages, synchronisation, mesures et traçabilité.
Ce guide explique comment utiliser votre checklist (modèle prêt à imprimer) et comment la relier aux preuves (photos, PV, tickets GMAO). Vous y trouverez des méthodes, des formules, un cas pratique et des critères d’acceptation.
1) Sécurité et préparation : zéro compromis
Balisage de zone : matérialiser une zone d’observation ; interdire tout geste à proximité des pièces en rotation.
EPI adaptés : lunettes, gants selon le contexte ; vêtements ajustés (pas de manches ou bijoux flottants).
Éclairage et confort visuel : compléter si nécessaire par un éclairage d’appoint pour éviter l’éblouissement dû au flash.
Illusion d’arrêt : rappeler qu’un objet peut sembler immobile alors qu’il tourne ; ne jamais toucher.
LOTO (si intervention intrusive) : pour un simple contrôle visuel, rester non intrusif ; si une action nécessite d’ôter une protection ou d’approcher une pièce, appliquer consignation.
Check à cocher : zone balisée ✅, EPI portés ✅, protections en place ✅, consignes rappelées ✅.
2) Appareil et étalonnage : fiabiliser la base de mesure
Alimentation : batterie ≥ 30 % ou alimentation secteur ; prévoir un secours si la campagne est longue.
Propreté de l’optique : dépoussiérer la lentille pour un flux lumineux net.
Étalonnage / vérification : vérifier la date d’étalonnage ou au moins comparer la lecture à une source connue (moteur à 1500 rpm, prise secteur 50 Hz avec adaptateur prévu par le constructeur, etc.).
Lux et distance : conserver une distance d’observation ≥ 0,5 m (souvent plus confortable entre 0,7 et 1,5 m) ; adapter l’intensité et le duty cycle pour une image nette sans fatigue visuelle.
Check à cocher : alimentation OK ✅, étiquette d’étalonnage ✅, visibilité nette ✅.
3) Réglages essentiels : démarrer juste
Mode : interne (fréquence réglée sur l’appareil) ou trigger externe (capteur prox, TTL, codeur). Le trigger améliore la stabilité et réduit les ambiguïtés.
Fréquence initiale : partir d’une valeur proche de la vitesse attendue (ex. : RPM nominal/60).
Duty cycle : démarrer vers 30–50 % ; réduire si nécessaire pour affûter l’image et limiter l’éblouissement.
Repère visuel : si la pièce est uniforme, ajouter un marquage contrasté (bande réfléchissante) afin de repérer la phase.
4) Synchronisation, aliasing et direction : éviter les pièges
Un objet semble immobile lorsque la fréquence de flash est égale à la fréquence de rotation (1×). Mais des harmoniques ou sous-multiples peuvent produire des « fausses immobilisations » :
Aliasing (2×, 0,5×, etc.) : à 2× la rotation réelle, vous verrez deux repères diamétralement opposés ; à 0,5×, un repère apparaît mais tourne lentement dans le sens inverse.
Lever l’ambiguïté : faire varier très légèrement la fréquence (± 1–2 %) et observer le déphasage ; confirmer la direction (avance/retard) et revenir à 1×.
Trigger externe : quand disponible, il verrouille la phase et fiabilise la lecture.
Check à cocher : 1× confirmé ✅, direction établie ✅, aliasing éliminé ✅.
5) Mesure fiable : formules et convertisseurs
Le lien de base entre vitesse et fréquence :
RPM ↔ Hz
RPM = 60 × Hz
Hz = RPM / 60
Exemples sûrs
1450 rpm → 1450 / 60 = 24,1667 Hz
3000 rpm → 3000 / 60 = 50,0 Hz
900 rpm → 900 / 60 = 15,0 Hz
Conseils
Si la pièce comporte N repères (pales, ailettes), la fréquence apparente peut être N × f_rot. Il faut alors diviser par N pour la vitesse réelle.
Noter la tolérance (ex. ± 1 % ou ± 2 %) selon la stabilité de l’image, la distance et la qualité du marquage.
Conclusion : conforme en vitesse ; action corrective : équilibrage mineur planifié sous 7 jours.
Ce qui est coché sur la checklist : toutes les lignes sécurité, appareil, réglages, 1× confirmé, mesures consigné, diagnostic « battement léger », action planifiée.
10) Astuces de pro (qui se cochent)
Toujours un repère contrasté : un simple adhésif blanc/noir rend l’analyse plus robuste.
Doser le duty cycle : moins de lumière mais des bords plus nets.
Éviter les multiples parfaits : si vous trouvez 12,0 Hz avec un 720 rpm attendu, vérifiez 24,0 Hz et 6,0 Hz pour écarter l’aliasing.
Trigger externe dès qu’il existe un signal machine (codeur, capteur) : confort et fiabilité.
Rythme d’audit : intégrer 2–3 points stroboscopiques dans les tournées de maintenance (préventif).
11) Comment renseigner chaque colonne de la checklist
La checklist stroboscope transforme un contrôle potentiellement subjectif en procédure maîtrisée, mesurable et opposable. Elle sécurise l’intervention, fiabilise la lecture (1×, direction, tolérance), documente la preuve et relie immédiatement l’observation à l’action corrective. Adoptez-la telle quelle pour vos ventilateurs, poulies, courroies, pompes et accouplements — puis enrichissez-la de repères métiers (seuils d’acceptation par machine, listes de défauts typiques) pour gagner en vitesse et en qualité sur chaque tournée de maintenance.
Exploiter la checklist stroboscope au quotidien (SOP, formation, décisions & KPI)
Après les principes et la méthode, place à l’industrialisation : faire de la checklist stroboscope un réflexe d’atelier, branché à vos routines HSE, à votre GMAO et à vos tableaux de bord. Cette suite propose une SOP compacte, un plan de formation, une table de décision en cas d’écart, des KPI utiles, ainsi que des annexes métiers (incertitude, harmonique, entretien de l’appareil).
1) SOP terrain — 10 étapes rapides (à plastifier près des machines)
Préparer la zone : balisage, EPI, protections en place, rappel « illusion d’arrêt ».
Je vois net à deux positions opposées : normal ? Oui, c’est 2×. Redescendez la fréquence d’environ moitié et cherchez 1×.
Avec un ventilateur 6 pales, la fréquence affichée paraît trop haute. Divisez la fréquence apparente par 6 pour estimer la rotation réelle ; validez par déphasage.
La pièce brille trop. Ajoutez un repère mat, baissez le duty, changez l’angle d’observation.
Trigger externe ou pas ? Oui dès que possible : image plus stable, lecture plus fiable, moins d’ambiguïtés.
Cette suite transforme la checklist en système complet : une SOP courte pour agir, une formation éclair pour rendre la pratique homogène, une table de décision pour trancher sans hésitation, des KPI pour piloter, et des annexes pour renforcer la fiabilité (incertitude, aliasing, entretien). Résultat : des contrôles plus sûrs, des mesures plus fiables, des décisions plus rapides — et une traçabilité qui tient en audit.