Un local en transition ouvre souvent des possibilités qu’un bail commercial classique rend trop lourdes : tester une activité, occuper pendant des travaux, patienter avant une vente, lancer un pop-up, stocker sur quelques mois… Dans ces moments-là, le bail précaire (au sens large) sert de contrat-passerelle : il organise une occupation utile, cadrée, et surtout lisible, avec une sortie prévue dès le départ.
Ce qui compte, c’est de choisir le bon outil juridique et de rédiger le contrat de façon cohérente, parce qu’en cas d’erreur, le risque principal reste la requalification (et donc l’application du statut des baux commerciaux).
Objectif de l’article
Clarifier les 2 grands “baux précaires” utilisés en pratique
Détailer les cas particuliers (vente, travaux, démolition, occupation partielle, événementiel, etc.)
Donner une méthode de rédaction (clauses + annexes) pour sécuriser un modèle Word
Aider à éviter les pièges les plus coûteux
Deux notions qu’on confond souvent
Dans le langage courant, “bail précaire” peut désigner deux mécanismes différents. Et c’est là que commencent les malentendus. L’un est encadré par une durée maximale. L’autre dépend d’un événement extérieur qui rend l’occupation incertaine.
Bail dérogatoire (aussi appelé bail de courte durée / “précaire”)
Il relève de l’article L145-5 du Code de commerce
La durée totale (baux successifs compris) est limitée à 3 ans
Convention d’occupation précaire
Elle est visée par l’article L145-5-1 du Code de commerce
Elle suppose des circonstances particulières indépendantes de la seule volonté des parties
En pratique
Le bon contrat se choisit selon la question suivante
“Ai-je une durée courte décidée par les parties” ou “ai-je un événement externe qui rend la durée incertaine”
Le bail dérogatoire
Le bail dérogatoire ressemble à une version “courte et libre” du bail commercial. Il est souvent utilisé quand on veut aller vite, tester, s’installer provisoirement sans engager un cycle de 9 ans. Le texte fixe un cadre clair, et laisse ensuite beaucoup de liberté sur les clauses.
Les conditions de base
Un contrat écrit
Une volonté expresse d’écarter le statut des baux commerciaux
Une durée totale ≤ 3 ans (renouvellements/baux successifs inclus)
Les usages typiques
Pop-up store, saison commerciale, corner temporaire
Test d’un concept avant engagement long
Local “tampon” pendant relocalisation ou travaux d’un site principal
Un point à respecter sérieusement
État des lieux d’entrée et de sortie à joindre au contrat, c’est une exigence posée par L145-5
La convention d’occupation précaire
Ici, l’idée est différente. On n’est pas dans “3 mois” ou “18 mois” parce que les parties l’ont décidé. On est dans un scénario où le local est occupé jusqu’à la réalisation d’un événement qui échappe en partie aux parties. C’est l’occupation “sous horloge”, mais l’horloge n’est pas dans la main du bailleur.
Ce qui la caractérise juridiquement
L’occupation est autorisée en raison de circonstances particulières indépendantes de la seule volonté des parties
La convention n’a pas vocation à servir de raccourci pour éviter les règles du bail commercial
Exemples de “circonstances” souvent invoquées
Démolition ou réhabilitation programmée
Expropriation, projet d’aménagement public
Vente en cours avec condition suspensive (financement, autorisation, purge)
La contrepartie financière
On parle souvent de redevance / indemnité d’occupation, et l’idée de “modicité” est fréquemment mise en avant dans la pratique
Cas particuliers
Un bon modèle Word “cas particuliers” n’est pas juste un contrat plus long. C’est un contrat à tiroirs, avec des options activées selon le scénario. Le texte doit raconter une logique simple : “voici le contexte”, “voici le périmètre”, “voici ce qui déclenche la fin”.
Travaux lourds, rénovation, mise en conformité
Occupation possible pendant une phase préparatoire
Clauses à prévoir sur l’accès chantier, horaires, poussières, sécurité, responsabilité
Vente du bien ou cession en cours
Occupation en attendant la signature définitive ou une condition suspensive
Définir clairement l’événement déclencheur de fin (signature, refus de prêt, expiration de délai)
Démolition ou projet de réhabilitation
L’événement (démolition / démarrage chantier / obtention autorisation) devient le marqueur de sortie
Souvent plus simple via bail dérogatoire (durée ferme)
Prévoir flux public, sécurité, assurance, responsabilités ERP si applicable
Occupation partielle / cohabitation (partage de locaux)
Délimitation précise du périmètre (plan annexé)
Accès, parties communes, charges, règles d’usage
Stockage temporaire
Inventaire annexé
Clause “zéro transformation des lieux” + règles incendie/sûreté
Clauses qui sécurisent vraiment un modèle Word
Les litiges naissent rarement d’un “mauvais titre” du contrat. Ils naissent d’un texte qui dit A (précaire) mais organise B (une location stable classique). Ton modèle Word doit donc être cohérent du début à la fin.
Durée et fin
Bail dérogatoire : date de fin ferme + remise des clés
Convention précaire : événement externe clairement décrit (et comment on le constate)
Motif de précarité
Une clause narrative, factuelle, datée
Un motif “objectif” est plus robuste qu’un motif “de confort”
Pour la convention d’occupation précaire, éviter le flou sur la nature de la contrepartie
Travaux et aménagements
Autorisations, remise en état, propriété des aménagements
Interdiction de transformation structurelle sans accord écrit
Assurance et responsabilités
Attestation d’assurance à fournir
Responsabilité en cas de dommages, sinistre, trouble de jouissance
État des lieux + restitution
Photos, inventaire, relevés compteurs
État des lieux contradictoire particulièrement important en bail dérogatoire
Les pièges classiques
Un bail “court” mal géré peut produire l’effet inverse de celui recherché. Le point le plus sensible concerne la fin : ce qui se passe après l’échéance pèse souvent plus lourd que ce qui est écrit au début.
Dépasser la durée maximale du bail dérogatoire
Au-delà de 3 ans au total, l’opération sort du cadre de L145-5
Laisser le preneur rester après la fin
Si le preneur reste et est laissé en possession, un nouveau bail soumis au statut des baux commerciaux peut se former, avec la règle du délai d’un mois mentionnée par L145-5
Utiliser une convention d’occupation précaire “par confort”
Sans circonstances particulières indépendantes, la convention devient fragile
Écrire “précaire” partout, mais organiser une stabilité
Durée longue, loyer de marché, renouvellements automatiques, absence d’événement déclencheur
Le texte raconte alors un bail classique sous un autre nom
Annexes utiles
Les annexes font gagner deux choses : de la clarté au quotidien, et des preuves en cas de discussion. Sur les cas particuliers, elles deviennent presque plus importantes que les pages de clauses.
Annexes recommandées
Plan / périmètre d’occupation (surtout si occupation partielle)
État des lieux d’entrée et de sortie + reportage photo
Inventaire (stockage, matériel, mobilier)
Attestation d’assurance
Règlement d’accès et consignes (sécurité, clés, alarme, horaires)
Calendrier ou note de contexte (travaux, vente, démarches)
Mode d’emploi d’un modèle Word “cas particuliers”
Un bon modèle se remplit comme une check-list intelligente. Le document doit rester simple à éditer, tout en donnant assez de matière pour éviter les zones grises.
Étapes de remplissage
Identifier la nature du contrat
bail dérogatoire (durée ferme) ou convention d’occupation précaire (événement externe)
Renseigner le contexte en 10 lignes maximum
pourquoi, jusqu’à quand, quel déclencheur de sortie
Un bon choix de contrat commence par une lecture très simple de la situation : durée courte décidée à l’avance ou durée rendue incertaine par un événement extérieur. Ce tri évite la plupart des erreurs “de modèle” (on prend un texte standard, puis on force des clauses qui ne collent pas au contexte).
Dans la pratique, le bail dérogatoire sert surtout à tester ou occuper pour une période ferme, tandis que la convention d’occupation précaire sert à accompagner une période de transition liée à une circonstance objective (vente, démolition, opération immobilière, etc.).
Si la fin est une date certaine (ex. 30 juin)
bail dérogatoire (durée totale ≤ 3 ans)
Si la fin dépend d’un déclencheur externe (ex. début de chantier, vente réalisée)
mieux vaut clarifier tout de suite le déclencheur, ou basculer sur un bail plus classique
Le “pack clauses” à activer selon le cas particulier
Un modèle Word “cas particuliers” devient vraiment utile quand il propose des blocs activables : on coche, on complète, et le contrat reste cohérent. L’idée n’est pas d’alourdir le texte, mais de verrouiller les zones à risque avec des clauses courtes, très concrètes.
La règle d’or : chaque clause optionnelle doit répondre à une question pratique (“qui fait quoi ? quand ? avec quelle preuve ?”), sinon elle reste décorative. Et plus le contexte est atypique (travaux, cohabitation, public, stockage), plus les annexes prennent de la valeur.
inventaire annexé + interdiction de produits sensibles + sûreté
Cas pratique 1 — Occupation pendant travaux
Ce scénario fonctionne bien quand le local est “utilisable” mais encore imparfait : un propriétaire veut occuper ou rentabiliser le lieu, pendant qu’un chantier se prépare ou se déroule par phases. Ici, le contrat doit décrire la réalité sans maquillage : accès partiel, nuisances, zones interdites, et parfois coupures.
Le point le plus protecteur, ce n’est pas une formule juridique. C’est une cartographie claire : ce que l’occupant peut utiliser, ce qu’il ne touche pas, et ce qui se passe si le chantier impose une fermeture temporaire.
À écrire noir sur blanc
périmètre d’occupation (plan + photos)
calendrier prévisionnel (même indicatif)
procédure “incident / dégâts / arrêt d’activité”
Annexes qui font gagner du temps
plan de zones + inventaire des équipements existants
consignes sécurité + contacts d’urgence
Clause utile et simple
“L’occupant accepte un niveau de nuisances défini (horaires / zones) et s’engage à respecter les consignes chantier.”
Cas pratique 2 — Occupation en attendant une vente
Quand une vente est en cours, le risque classique vient du flou : on occupe “en attendant”, puis l’attente dure, puis l’occupation ressemble à une location stable. Pour garder une logique précaire, le contrat doit se raccrocher à un événement clairement observable.
Un bon texte évite les formulations vagues (“jusqu’à la vente”) et préfère une mécanique “déclencheur + preuve + délai + remise des clés”.
Déclencheurs possibles (à choisir et préciser)
signature de l’acte authentique
réalisation / non-réalisation d’une condition suspensive à date fixe
purge d’un délai administratif, obtention d’une autorisation, etc.
Preuves à prévoir
notification écrite + copie du document (attestation, acte, courrier)
Délai de sortie
un délai court, réaliste, écrit (ex. 7 / 15 jours)
Point de vigilance
la convention d’occupation précaire suppose des circonstances particulières indépendantes de la seule volonté des parties
Cas pratique 3 — Pop-up store / événementiel avec public
Un pop-up est souvent “simple” sur le papier et intense dans la réalité : flux, sécurité, assurance, horaires élargis, livraisons, bruit, voisinage. Le contrat doit donc encadrer l’opération comme une mini-exploitation, même sur 10 jours.
Dans ce contexte, le bail dérogatoire est fréquemment adapté quand la durée est ferme et courte. Le texte doit surtout protéger la sortie : état des lieux, remise en état, et dépôt de garantie si prévu.
À verrouiller pour éviter les disputes
horaires et nuisances (musique, livraisons, files d’attente)
responsabilité en cas de dommages (clientèle, vitrines, sol)
plan d’implantation (présentoirs, caisse, réserve)
inventaire des éléments fournis (mobilier, éclairage)
Clause “propreté + remise en état”
simple, datée, avec critères visibles (sols, murs, vitrines, évacuation déchets)
Le kit “fin de contrat”
La fin se prépare dès la première page : date, heure, clés, état des lieux, et surtout ce qui se passe si l’occupant reste. Pour le bail dérogatoire, le Code de commerce encadre fortement la durée (max 3 ans) et prévoit un mécanisme de bascule si le preneur reste dans les lieux après l’échéance sans opposition dans le délai prévu.
Cette partie mérite un style très opérationnel : une liste d’actions, des documents, et un calendrier. C’est exactement ce qui évite les discussions “on avait dit…”.
À prévoir dans le contrat
date/heure de restitution + adresse de remise des clés
état des lieux de sortie (contradictoire)
remise en état + enlèvement du matériel
À faire en pratique
rappel écrit avant la fin
rendez-vous état des lieux planifié
Point juridique structurant (bail dérogatoire)
le texte vise la limite de 3 ans et la bascule possible si l’occupant reste après l’échéance et est laissé en possession (avec la logique du délai d’un mois)
Bibliothèque de formulations
Un motif bien rédigé ressemble à une note de contexte : précis, daté, rattaché à une réalité vérifiable. Cette écriture fait toute la différence quand on veut justifier une occupation précaire par des circonstances particulières.
Tu peux piocher ces tournures et les adapter au cas :
Vente / projet immobilier
“L’occupation est consentie dans l’attente de la réalisation de l’opération suivante : …, dont l’échéance dépend notamment de …”
Travaux / réhabilitation
“L’occupation intervient pendant la phase transitoire liée à …, avec une restitution déclenchée par …”
Démolition / libération programmée
“La libération des lieux est organisée en cohérence avec …, événement extérieur à la seule volonté des parties.”
Occupation partielle
“L’autorisation d’occuper est strictement limitée au périmètre annexé, afin de permettre …”