Dans l’usine comme dans un service, les indicateurs de performance clés agissent comme une ligne éditoriale des opérations : ils fixent le cap, dévoilent les angles morts et donnent de la matière aux décisions. Un PPM qui dérive, un RTY qui s’érode ou un MTTR qui s’allonge racontent chacun une histoire concrète sur la qualité du procédé, la fiabilité des équipements et l’exécution au quotidien. La valeur vient autant de la pertinence du dénominateur (par million, par heure, par ordre) que de la cadence de lecture. Un bon KPI parle à tous : direction, terrain, clients, fournisseurs. Il fabrique un langage commun et met le management face au réel.
Qualité, maintenance, supply : la boussole opérationnelle
Côté qualité, FPY/RTY révèlent l’usure des reprises quand Cp/Cpk mesurent la tenue des tolérances ; le coût de non-qualité déplace le débat vers la prévention. En maintenance, MTBF et MTTR cadrent la disponibilité tandis que le backlog et la conformité du préventif stabilisent le planning. Dans la chaîne logistique, OTIF et Perfect Order lient promesse client, niveau de stock et fiabilité des flux. Pris ensemble, ces indicateurs forment une boussole : ils hiérarchisent les risques, arbitent les ressources et synchronisent production, méthodes, achats et service client autour d’objectifs lisibles.
Des chiffres aux décisions : rituels et responsabilité
Un KPI n’existe que s’il déclenche une action, avec un propriétaire, une cible et un plan daté. Les rituels comptent : revue flash quotidienne pour les alertes (rebuts, arrêts, retards), point hebdomadaire pour les tendances (capabilité, MTBF/MTTR, OTIF), consolidation mensuelle pour l’allocation budgétaire et les priorités projets. La data doit être sourcée, stable et comparable ; la visualisation privilégie cartes de contrôle, pareto et tendances plutôt que la surenchère de jauges. À ce prix, l’organisation transforme des chiffres en décisions, des décisions en résultats, et des résultats en confiance durable.
Les KPI orientent des décisions, structurent des routines de pilotage et révèlent des gisements de performance. En qualité, maintenance et opérations, un bon jeu d’indicateurs met en lumière les écarts, attribue les responsabilités et cadence les plans d’action.
1) Décomposition d’un bon KPI
Finalité claire : un seul objectif par indicateur (réduire, maintenir, accroître).
Cohérence : alignement avec la stratégie (sécurité, service, coût, délai, impact).
Actionnabilité : un responsable, un levier, un seuil d’alerte et un plan type.
Temporalité : distinction leading (précurseurs qui annoncent la performance) et lagging (constats).
Normalisation : rapporté à un dénominateur pertinent (par million, par heure, par ordre, par machine).
Qualité des données : définition de la source, règle de calcul, périodicité, règles d’exclusion.
2) KPI Qualité — du coût de non-qualité à la capabilité
2.1 Défauts & conformité
PPM / DPMO (Défauts par million)PPM = (Nombre de défauts / Unités livrées) × 1_000_000 DPMO = (Défauts / Opportunités totales) × 1_000_000Usage : comparer des gammes ou fournisseurs hétérogènes.
Taux de conformité première passe (FPY/FTY) & rendement global (RTY)FTYi = Bons à l’étape i / Entrées à l’étape i RTY = ∏ FTYi (sur toutes les étapes)Lecture : RTY révèle l’usure cumulative des reprises.
Taux de retours / réclamations
% retours vs livraisons, délai moyen de clôture, part des réclamations “justifiées”.
Capabilité du procédé (Cp, Cpk)
Cp mesure l’étendue du procédé vs tolérances ; Cpk mesure l’étendue et le centrage.
Seuils : définir Cible / Alerte / Critique avec codes couleur, tolérance d’hystérésis pour éviter le clignotement.
Responsabilités : 1 propriétaire par KPI, 1 plan d’action vivant (actions, dates, pilotes).
Visualisation : cartes SPC pour la variabilité, pareto mensuel, heatmap RPN (AMDEC), jauges parcimonieuses.
6) Deux cas pratiques
Cas 1 — Baisse de la satisfaction client malgré un PPM faible
Contexte : un site d’assemblage affiche PPM = 220, sous la cible 300, mais les réclamations montent et l’OTIF stagne. Diagnostic : le RTY révèle 0,84 (plusieurs reprises masquent le vrai coût), et la capabilité Cpk sur une cote critique se situe à 0,9 (centrage perfectible). Plan :
Recalibrage machine + plan de surveillance (SPC) avec cartes X-bar/R.
Lotissement plus fin et contenants anti-chocs ; dégarnissage des reprises via poka-yoke.
Cas 2 — Disponibilité en berne malgré une conformité préventive élevée
Contexte : conformité préventif = 95 %, pourtant la Disponibilité ligne reste à 86 %. Diagnostic : backlogs masqués sur périphériques non critiques, absence de surveillance conditionnelle, pièces longues en délai. Plan :
Segmentation criticité (ABC) & liste maîtresse équipements.
Mise en place vibrométrie sur moteurs > 15 kW, thermographie tableaux.
Des KPI utiles racontent une histoire causale : actions de prévention → stabilité du procédé → capabilité → conformité → satisfaction client et cash. La valeur vient moins de la « bonne formule » que du rituel qui transforme l’alerte en décision et l’écart en apprentissage.
1) Aperçu général
Format : A4, paysage, une seule page (impression “Fit to 1 page”), marges fines.
Feuilles :
Dashboard (vue imprimable)
Données (séries mensuelles + table Pareto)
Période d’exemple : Nov-2024 → Oct-2025 (12 mois glissants).
Palette : bleu profond, teal, émeraude, orange (contraste élevé et lisible à l’impression).
Marque : pied de page “lecoursgratuit.com”.
2) Contenu du Dashboard (ce que vous voyez)
Bandeau
Titre : “Tableau de bord Qualité & Maintenance — One-Page”
Période : rappel des 12 mois couverts.
Cartes KPI (M-0 + tendance 12 mois)
Chaque carte affiche la valeur du dernier mois + sparkline (mini-tendance) + cible:
Astuce de lecture : la Disponibilité est calculée en direct via Disponibilité = MTBF / (MTBF + MTTR).
Graphiques
Pareto des défauts (M-0) : barres par catégorie + ligne cumul % (axe secondaire). Catégories d’exemple : Fournisseur (48), Réglage machine (41), Erreur opérateur (34), Outillage usé (26), Matière (18), Logistique (9). Lecture rapide : les 3 premières causes cumulent ~70 % des défauts — bon point de départ pour un plan d’action.
OTIF — tendance 12 mois : ligne simple (objectif : >95 %).
Disponibilité — tendance 12 mois : ligne simple (objectif : >92 %).
Bloc “Notes”
Mémo des formules clés (RTY, Disponibilité, CoQ/CA) pour rappeler le sens des indicateurs.