Sur un site industriel ou un chantier tertiaire sensible, la différence entre une intervention maîtrisée et un “presque accident” se joue souvent avant le premier coup de clé. La Fiche Préparation de tâche (PPT) est l’ossature qui aligne risques, moyens techniques, compétences et autorisations. Son rôle majeure est de relier l’intention d’intervenir au droit d’intervenir (Permits To Work, PTW), en intégrant LOTO/consignation des énergies, coactivités, plans et habilitations. Mal faite, elle se réduit à une checklist creuse qui laisse passer l’essentiel.
1) Ce que la PPT doit rendre visible, tout de suite
Plans & documents : plan de masse/implantation, DICT, plan de levage, modes opératoires, FDS, plan de prévention.
Coactivités : cartographie des interférences, fenêtres horaires, mesures d’évitement, coordination avec les autres.
2) Le cœur de la méthode : JSA + matrice G×P
La PPT s’appuie sur une Job Safety Analysis par étapes :
Découper la tâche en opérations simples.
Pour chaque étape, identifier les dangers.
Définir les mesures de maîtrise (techniques, organisationnelles, EPI).
Évaluer le risque résiduel (Gravité × Probabilité = G×P).
Ne démarrer que si le risque résiduel est au seuil acceptable (cartographie vert/ambre/rouge).
À retenir : une PPT utile expose les points d’arrêt (“stop work authority”) : si telle condition n’est pas remplie (gaz, détection incendie neutralisée sans mesure compensatoire, consignation incomplète), on s’arrête.
3) LOTO(S) / consignation : verrouiller la réalité, pas le papier
LOTO (Lock-Out Tag-Out) ou consignation des énergies est la colonne vertébrale de la sécurité technique. La PPT doit tracer :
Énergie & point d’isolement (électrique, fluide, vapeur, pression, gravité).
Responsable de la pose et vérificateur indépendant.
TAE (test d’absence d’énergie) obligatoire, horodaté et signé.
Restitution (déconsignation) en fin d’intervention, avec double contrôle.
4) Coactivités : la principale source d’accident… invisible
Même une tâche bien préparée peut devenir dangereuse si un autre lot modifie l’environnement (levage voisin, essais, mise en purge, travaux à chaud). La PPT doit intégrer un tableau de coactivités : activité tierce, risque d’interférence, mesure d’évitement (séquençage, balisage, consignation commune), responsable identifié. La coordination (COPIL chantier, 5 minutes de “toolbox” avant démarrage) est non négociable.
5) Autorisations (PTW) : l’ultime synchronisation
Le PTW n’est pas un parapluie administratif mais la décision qu’on peut intervenir ici et maintenant. Bon usage :
Demande liée à la PPT (référence croisée).
Analyse : dangers résiduels, contrôles en place, validité temporelle.
Signature côté émetteur (responsable de tâche) et autorité signataire (exploitant/HSE).
Affichage sur zone, brief à l’équipe.
Fermeture en fin d’intervention (retours d’expérience, anomalies, état “as left”).
6) Plans & habilitations : preuves de maîtrise
Plans : plan d’implantation, repérage réseaux (DICT), plan de levage, accès/évacuation, moyens de secours.
Habilitations : listes à jour avec dates de validité (électrique, CACES, ATEX, SST), contrôlées avant signature PTW.
Ci-après les variantes de méthodes pour préparer une tâche de chantier. Chacune est structurée “terrain” (quand l’utiliser, étapes, RACI, livrables, contrôles HSE, indicateurs). Vous pouvez en combiner deux selon le contexte.
1) Variante « JSA 5×5 » — séquentielle et robuste
Quand l’utiliser : interventions standard (≤ 1 jour), équipe connue, risques maîtrisables (élec basse tension, levage léger, travaux intérieurs). Objectif : découper la tâche, maîtriser chaque étape, décider Go/No-Go.
Entrées
Ordre de travail, plan/repérage réseaux, mode opératoire, liste habilitations & EPI.
2) Variante « Make-Ready (Lean) » — lever les contraintes avant J0
Quand l’utiliser : multi-lots, dépendances fortes (gros œuvre/second œuvre, IT + énergie), planning tendu. Objectif : faire un Make-Ready (Last Planner System) : 0 contrainte à l’instant T.
Entrées
Plan de phase, liste de contraintes (accès, matériels, validations, consignations partagées), calendrier coactivités.
Étapes (6)
Liste des contraintes par lot (matériel, accès, décision, plan validé, PTW, LOTO commun).
Propriétaire & date de levée pour chaque contrainte.
Point terrain 10 min (stand-up) : statut RAG, derniers verrous, Go/No-Go.
Capture des écarts pour boucle d’apprentissage.
RACI : R (planificateur/chef de chantier), A (conducteur travaux), C (lots tiers/HSE), I (client). Livrables : tableau contraintes (R, date), plan de zone mis à jour, PTW pré-rédigés. Contrôles HSE : LOTO multi-énergies si co-consignation, balisage commun, issues/évacuation. Indicateurs : % contraintes levées à J-1 et T-2h, fiabilité plan (promesse tenue), replanifications sans incident. Temps cible préparation : 60–90 min + suivis courts J-1/T-2h.
Gate 5 – Brief : équipe complète, consignes comprises, point d’arrêt connu (stop work authority).
RACI: R (responsable de tâche), A (autorité PTW/exploitant), C (HSE), I (sécurité incendie/maintenance). Livrables : check Gate-5 horodatée, PTW signés, enregistrements gaz/TAE. Contrôles HSE : mesures gaz périodiques, ventilation/ATEX, surveillant si confiné, extincteurs adaptés. Indicateurs : % tâches Gate-5 OK du 1er coup, écarts bloquants évités, durée moyenne de cycle PTW. Temps cible préparation : 45–60 min (selon complexité et signatures).
Quand l’utiliser : chantiers denses (usine en production, hôpital en service, data center), nombreux travaux simultanés. Objectif : cartographier événement redouté (p. ex. incendie, chute d’objet, remise sous tension) et barrières des deux côtés (prévention/récupération).
Étapes (5)
BowTie rapide : menace → événement central → conséquences ; lister barrières (préventives/réactives).
Plan de zone : heat-map coactivités (qui/quoi/où/quand), trajectoires levage/évacuation.