Quand on tape “exemple de commentaire composé corrigé”, on espère souvent tomber sur le modèle à recopier tranquillement. En réalité, ce qui aide vraiment, ce n’est pas un texte parfait et intouchable, mais un exemple lisible, où l’on comprend pourquoi les choses sont dites dans cet ordre, comment on passe de la lecture brute à un commentaire organisé.
On te propose ici :
Tu peux t’en servir comme modèle, mais aussi comme support pour voir comment on “fabrique” un commentaire, étape par étape.
On part d’un petit texte narratif : une scène de ville, de nuit, sous la pluie, avec un personnage qui ne va pas bien.
Texte support :
Ce soir-là, la ville semblait retenir son souffle. Sous la pluie fine, les vitrines se reflétaient dans l’asphalte noir, et les passants marchaient plus vite, comme pressés de fuir une inquiétude sans nom. Paul avançait à contre-courant, sans parapluie, le col de son manteau relevé. Il ne savait pas vraiment où il allait ; il savait seulement qu’il ne pouvait plus rentrer chez lui. À chaque pas, les lumières floues dessinaient autour de lui une sorte de halo tremblant, comme si la ville, soudain, ne parvenait plus à se reconnaître elle-même.
Consigne possible le jour J :
Sujet :
Vous ferez le commentaire composé de ce texte. Vous montrerez comment la description de la ville permet d’exprimer le trouble intérieur du personnage.
C’est ce cadre-là qu’on respecte dans l’exemple qui suit.
Avant de parler “plan en trois parties”, il faut d’abord se demander tranquillement :
On peut résumer en une phrase :
La scène décrit une ville, mais ce qui nous intéresse surtout, c’est l’état de Paul : il est perdu, physiquement et intérieurement.
À partir de là, on peut formuler une problématique raisonnable, pas théâtrale, pas compliquée :
Comment la description de la ville nocturne permet-elle de rendre visible le trouble intérieur de Paul ?
Elle est claire, elle colle à la consigne, et elle oriente le regard. C’est tout ce qu’on lui demande.
En relisant, on sent assez vite une progression :
On peut donc proposer ce plan, tout à fait acceptable pour le bac :
C’est simple, mais ça tient debout, et ça suffit largement pour un bon devoir.
Voici à quoi pourrait ressembler l’introduction :
Ce texte met en scène un certain Paul, qui marche seul dans une ville sous la pluie, un soir où l’atmosphère semble particulièrement lourde. La description de l’espace urbain ne se réduit pas au décor : elle accompagne et reflète le malaise du personnage, qui ne parvient plus à “rentrer chez lui”. La ville devient ainsi un prolongement de son trouble intérieur. On peut alors se demander comment la description de la ville nocturne permet de rendre visible le trouble intérieur de Paul. On montrera d’abord que le texte installe une atmosphère urbaine tendue et inquiétante, puis que la marche de Paul le place en rupture avec les autres et avec son propre foyer, avant de voir comment la ville elle-même fonctionne comme un miroir de sa crise identitaire.
Tu retrouves :
Dès la première phrase, la ville est presque traitée comme un être vivant : elle « semblait retenir son souffle ». Cette expression humanise le décor et installe tout de suite une impression d’attente et de tension, comme si quelque chose menaçait sans qu’on sache encore quoi. La pluie, présentée comme « fine », pourrait paraître anodine, mais elle contribue à brouiller la vision : les « vitrines » qui se reflètent « dans l’asphalte noir » composent un paysage de lumières dédoublées, où ce qui est réel et ce qui n’est qu’un reflet se mélangent. Le mention de « l’asphalte noir » renforce d’ailleurs l’idée d’opacité et de profondeur, comme un fond sur lequel viennent se dessiner les éclats artificiels des vitrines. Les passants, eux, « marchaient plus vite », ce qui donne une impression de fuite générale : chacun semble pressé de s’éloigner, de rentrer chez soi, de laisser derrière soi cette « inquiétude sans nom ». Tous ces éléments – personnification de la ville, reflets, pluie, foule pressée – construisent une atmosphère lourde, presque étouffante, dans laquelle le lecteur ressent un malaise avant même de s’intéresser en détail au personnage de Paul.
Idée, citations courtes, explication : c’est le trio qui fonctionne.
Au milieu de cette ville tendue, Paul est présenté comme un élément qui ne colle pas au mouvement général : il « avançait à contre-courant ». L’expression est à la fois concrète – il ne marche pas dans le même sens que les autres passants – et symbolique : il ne suit plus les mêmes trajectoires, les mêmes réflexes, la même logique que la foule. Contrairement aux autres, il n’a « pas de parapluie » ; il se contente de relever le col de son manteau. Ce détail donne une image presque obstinée du personnage : il ne se protège pas vraiment, il résiste plutôt, comme s’il acceptait d’être mouillé mais refusait de jouer le jeu de la normalité. La phrase qui suit éclaire cette attitude : « Il ne savait pas vraiment où il allait ; il savait seulement qu’il ne pouvait plus rentrer chez lui. » La reprise du verbe « savoir » souligne le paradoxe : Paul est certain de ce qu’il ne veut plus – retourner chez lui –, mais il est incapable de définir un projet, un lieu, une direction. On le sent donc doublement en rupture : il ne va pas dans le sens des autres passants, et il n’est plus capable de se reconnaître dans le mot “chez lui”, comme si sa maison n’était plus un refuge possible. La marche devient alors une errance, un déplacement sans destination, qui traduit son désarroi intérieur.
On colle ici à ce qui est demandé au bac : analyser le personnage à partir de détails précis.
Dans la dernière phrase, la description de la ville glisse clairement vers le symbolique. Les « lumières floues » qui « dessinaient autour de lui une sorte de halo tremblant » créent d’abord un effet visuel : on imagine Paul entouré d’un cercle de lumière incertain, comme si son contour était vacillant. Le mot « halo » évoque habituellement une lumière stable, presque sacrée ; ici, il est « tremblant », ce qui suggère au contraire la fragilité, l’instabilité. La formulation « comme si la ville, soudain, ne parvenait plus à se reconnaître elle-même » pousse encore plus loin cette idée : la ville est à nouveau personnifiée, mais cette fois, elle semble en crise d’identité. Elle aussi ne “se reconnaît plus”. Ce glissement du personnage à la ville montre bien que le trouble de Paul déborde sur le décor : ce qu’il ressent se reflète dans la manière dont le narrateur décrit l’espace autour de lui. La ville n’est plus seulement un cadre extérieur ; elle devient le prolongement de son malaise. En lisant cette phrase, on comprend que ce que vit Paul n’est pas une simple soirée un peu triste : c’est un moment où le monde autour de lui perd ses repères, parce que lui-même ne sait plus qui il est ni où est sa place.
On voit ici la lecture “symbolique” du décor, très classique et très attendue au bac.
Ce texte ne se contente donc pas de raconter la promenade d’un homme sous la pluie : il met en scène, à travers la description d’une ville nocturne, le moment où un individu ne se reconnaît plus lui-même. La ville, d’abord présentée comme un organisme tendu et silencieux, devient le théâtre du décalage de Paul par rapport à la foule et à son propre foyer. La dernière phrase, en faisant de la ville le miroir de son trouble intérieur, transforme le décor en véritable paysage psychologique. Cet extrait montre ainsi comment la littérature peut utiliser un cadre urbain concret pour donner forme à une crise intime, celle d’un personnage qui ne sait plus où aller ni ce que signifie “rentrer chez soi”.
La conclusion ne réinvente pas le monde, mais elle rassemble proprement : c’est l’essentiel.
Tu n’es pas obligé d’écrire de la même façon, mais tu peux reprendre quelques réflexes :
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