Le commentaire de texte est une lecture guidée qui met au jour comment un texte produit du sens par des procédés d’écriture (lexique, figures, énonciation, rythme, versification…). Votre mission : situer, problématiser, organiser et interpréter avec précision.
Finalités
Montrer que vous comprenez l’enjeu du passage dans l’œuvre.
Éclairer les choix d’écriture (ce que l’auteur fait) et leurs effets (ce que cela produit).
Construire une interprétation argumentée, appuyée sur le texte.
É — Effet : sur la voix, le rythme, l’atmosphère, la relation lecteur/texte.
R — Raison / sens : lien avec l’idée directrice et la problématique.
A — Accroche-lien : mini-bilan + transition.
Règle d’or : court + analysé > long + paraphrase.
Exemple (poésie, fictif) O. « nuit sucre le mal » P. Métaphore + personnification. É. Douceur paradoxale d’un lexique gustatif associé à la nuit. R. Ambivalence du poème : la souffrance est esthétisée, donc supportable ? A. Ainsi, l’image crée un charme trouble qui prépare le glissement vers le lyrisme élégiaque.
6) Champs d’analyse : le pense-bête utile
Énonciation / point de vue : qui parle ? à qui ? registres (ironie, lyrisme, polémique…).
Erreur courante : confondre thèse de l’auteur et opinion personnelle.
8) Modèles prêts à l’emploi
8.1 Introduction (gabarit)
Accroche cadrée (genre, mouvement, enjeu).
Présentation du passage (auteur, œuvre, place, situation).
Problématique (question directrice).
Annonce du plan (mouvements/axes).
Exemple bref Extrait du roman X (chap. VIII), où N. affronte pour la première fois la foule, le passage explore la tension entre désir d’élévation et poids du regard collectif. Comment l’écriture construit-elle ce basculement de l’élan intime vers la conscience douloureuse d’autrui ? On suivra la montée de l’enthousiasme (I) puis son renversement par la confrontation (II), avant d’éclairer la lucidité finale, paradoxalement libératrice (III).
S3 : extrait de roman → focalisation + rythme (sommaire/scène), 2 “O P É R A”.
14) Exemple synthèse (mini-commentaire, 8–10 lignes)
Le passage met en lumière la naissance d’une conscience sociale à travers une écriture du contraste. L’antithèse « bruit/murmure » installe d’emblée une oscillation sonore qui se prolonge dans la métrique fragmentée, mimant l’hésitation du narrateur. La focalisation interne restreint la perspective, de sorte que la foule apparaît d’abord comme un obstacle indistinct ; mais la gradation des verbes de perception (“entend”, “écoute”, “comprend”) déplace la scène vers l’empathie. Enfin, la métaphore filée de la lumière — “lueur”, “éclat”, “clair” — redonne au personnage une capacité de “voir” autrement : l’autre n’est plus une masse, mais un visage. Ainsi, le passage raconte moins un déplacement physique qu’un déplacement du regard, qui en dit long sur l’évolution du protagoniste.
😉
Problématique claire → 2) Plan adapté → 3) Micro-analyses O P É R A → 4) Interprétation (pas paraphrase) → 5) Conclusion qui situe la portée. Avec cette méthode, vous transformez la lecture en démonstration : chaque choix d’écriture compte parce qu’il fait sens.
Je traverse le pont avant les bus. Sous les arches, la rivière mâche les restes de nuit et recrache un froid qui s’accroche aux doigts. Les lampadaires ne savent plus s’ils doivent tenir ou céder ; ils clignotent comme des paupières trop longues.
De l’autre côté, la ville tousse une première sirène. Quelques fenêtres s’allument au hasard, îlots d’intentions qui trébuchent encore. Je marche ; et parfois c’est la ville qui me marche, posant son pas dans ma poitrine, réglant ma respiration sur son halètement.
Un ouvrier croise mon regard, casquette tirée bas ; il porte un thermos comme on serre une certitude. Plus loin, une femme referme sa porte avec une prudence de veilleuse : on dirait qu’elle couche la nuit pour que le jour n’ait pas peur d’entrer.
Quand je pose le pied sur la dernière dalle, la brume se fend. Rien d’extraordinaire : des roues, des sacs, des épaules. Mais quelque chose s’articule : nos pas, séparés, tracent sans se connaître une même pente vers le matin.
Appuyez chaque idée sur citations brèves et analyses précises (procédé → effet → sens).
Durée suggérée : 2 h.
1) Lecture active & situation (brouillon)
Qui parle ? Un narrateur à la 1ʳᵉ personne, marcheur du matin.
Où/Quand ? Un pont, à l’aube (lamps qui s’éteignent, ville qui s’éveille).
Enjeu global : D’un décor banal, le texte tire une expérience intérieure et collective.
Découpage possible (plan linéaire, 3 mouvements)
Le bord de nuit : hésitation des lumières, froid, matérialité sensorielle.
La ville-corps : métaphores vitales, synchronisation marcheur/ville.
L’entrée dans le jour : figures humaines, passage à la collectif.
2) Problématique (formuler une question directrice)
Exemple :Comment ce passage transforme-t-il une traversée ordinaire en scène d’accord entre intime et collectif, grâce à des images du corps et du rituel du matin ?
3) Choisir un plan
Option A — Plan linéaire (3 mouvements)
I. Le reste de nuit (sensorialité froide, hésitation lumière) II. Le souffle de la ville (métaphores du corps, fusion marcheur/ville) III. Le jour partagé (apparition de figures, articulation des pas)
Option B — Plan composé (2 axes)
I. La ville-corps : images organiques (tousse, halètement), rythme, prosodie II. Du singulier au commun : regards croisés, gestes, “même pente” finale
4) Micro-lecture — modèles « O P É R A » (à reproduire)
Exemple 1
O (citation brève) : « la rivière mâche les restes de nuit »
P (procédé) : métaphore + personnification
É (effet) : matérialise la nuit comme une matière ingérée, sensation de rugosité et de froid
R (sens) : le passage de la nuit au jour n’est pas net ; c’est une digestion lente du monde
A (lien) : installe un entre-deux qui justifie l’hésitation lumineuse (lamps “clignotent”)
Exemple 2
O : « je marche ; et parfois c’est la ville qui me marche »
P : chiasme / renversement sujet-objet
É : effet de fusion rythme individuel ↔ rythme urbain
R : le “je” s’accorde au souffle collectif (respiration “réglée”)
A : prépare la dimension commune de la fin (nos pas → “même pente”)
Exemple 3
O : « thermos… comme on serre une certitude »
P : comparaison
É : humanise l’ouvrier, donne au thermos une valeur symbolique (réconfort, repère)
R : l’aube devient un rituel social, chacun s’équipe de ce qui le tient
A : renforce le thème du quotidien signifiant
5) Pistes d’analyse (pense-bête)
Énonciation : 1ʳᵉ pers., adresse implicite au lecteur (ton confident).
Lexique : corps, respiration, gestes simples (marcher, fermer la porte).
I.Un matin encore mêlé de nuit : sensoriel froid (« recrache », « s’accroche »), lumières hésitantes → entre-deux. II.La ville-corps : “tousse”, “halètement”, chiasme “je marche / la ville me marche” → accord rythmique. III.Du je au nous : ouvriers/femme = signes d’un rituel commun ; chute : « nos pas… une même pente » = communauté discrète.
Thèse possible (à formuler en intro)
Le texte élève un trajet banal au rang d’expérience partagée, où le “je” trouve sa place en s’accordant au souffle de la ville.
7) Barème indicatif (sur 20)
Pertinence & problématique (question claire, centrée sur texte) …… /6